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Emma Frank: la thérapie par la musique

Photo: Yves Provencher/Métro

Emma Frank possède une voix apaisante, un instrument aussi thérapeutique pour son public que pour elle.

Nous ne sommes pas encore les personnes que nous devenons (We are not yet the people we’re becoming), chante avec justesse Emma Frank sur son deuxième album, The People We’re Becoming, lancé à la fin d’avril.

L’auteure-compositrice-interprète américaine, installée à Montréal depuis 9 ans, a commencé à plancher sur l’opus à 25 ans, «l’âge auquel les choses commencent à se placer dans nos têtes». Elle est en amour – avec le trompettiste de son quartette –, elle est bien entourée et se sent bien enracinée dans sa «nouvelle» ville. «Tout était plus facile pour moi», raconte-t-elle, arborant une posture impeccable sur le tabouret du café qui fait face à l’Université McGill, où elle a étudié la littérature. «Je sentais que je me transformais de façon positive. Mais la transformation, ce n’est pas une fin en soi. Malgré le sentiment de réussite, j’ai voulu continuer à explorer ce à quoi j’aspirais.»

The People We’re Becoming est donc un album sur la découverte de soi. Les 11 pièces sont portées par la voix envoûtante de la chanteuse de 27 ans, qu’on a comparée à une jeune Joni Mitchell. «Je ne déteste pas ça. C’est une artiste géniale!» dit-elle, en refusant toutefois d’apposer une étiquette à son style qui flirte avec le jazz et le folk.

Avec sa voix, elle souhaite toucher le public. L’apaiser, mais aussi l’énergiser, de la même façon que la musique et la voix des artistes qu’elle cite comme inspirations – Skuli Sverrisson, Becca Stevens ou Gretchen Parlato – l’ensorcellent.

Pendant l’entrevue, elle parle à plusieurs reprises des bienfaits de la méditation et de la psychologie positive sur le cerveau. Sous son casque de vélo noir se trouve le livre When Things Fall Apart: Heart Advice for Difficult Times (Quand tout s’effondre. Conseils d’une amie pour les temps difficiles), de l’auteure bouddhiste Pema Chödrön. Sur son tapis de yoga, Emma Frank s’est demandé ce qui la calmait tant et l’énergisait autant dans cette activité et dans la voix de son professeur. Elle a voulu canaliser cette force dans sa musique.

À Montréal, Emma Frank a trouvé un lieu pour aiguiser sa créativité. «Je ne suis pas parfaitement bilingue, alors je ne peux pas m’exprimer librement en français, raconte-t-elle. Mais je sens beaucoup d’appui des Québécois par rapport à ce que je fais artistiquement.»

La chanteuse s’en veut de ne pas avoir fait le lien entre la huitième chanson de son album, Two Solitudes, et l’expression qui fait écho au Québec. La pièce s’inspire des écrits de Reiner Maria Rilke disant qu’il y a toujours entre deux êtres de l’espace qui protège la solitude de l’autre. En y réfléchissant, l’artiste y voit un lien avec sa vie montréalaise. «J’aime l’idée qu’il y ait quelque chose de flou entre nous. Il y a quelque chose qui nous unit et qui n’est pas toujours la langue. C’est ce qui fait que les Montréalais se regardent dans les yeux d’une merveilleuse façon.»

Une artiste jazz?
«J’essaie de ne pas décrire mon style. Aujourd’hui, il y a tellement d’artistes influencés par le jazz, mais dont on ne peut décrire précisément le style», indique Emma Frank, citant au passage Kendrick Lamar, Esperanza Spalding et Hiatus Kaiyote, un groupe australien qu’elle décrit comme le plus cool du monde. «Quand j’écris, je cherche une connexion entre la mélodie et les paroles, un son qui sera authentique et nouveau.»

Emma Frank
Au Centre Segal dimanche à 20 h
À l’Astral dans le cadre du Festival de jazz le 27 juin

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