St-Germain: Le retour d’un pionnier
Les compositions électros de Ludovic Navarre ont toujours débordé du cadre français, mariant machines et musiciens issus de la soul, du blues, des traditions latines et du jazz. Quinze ans après le succès planétaire de Tourist, le producteur
St Germain ressurgit avec un album éponyme inattendu, puisant essentiellement dans l’héritage musical du Mali et du Sénégal.
Au tournant du siècle, les journalistes musicaux ont redoublé d’inventivité, pondant en l’espace de quelques années tout un glossaire de termes hybrides – certains plus réussis que d’autres (voir: «fidget house», «aggrotech», «bubble trance») – pour parler d’une scène électronique en plein essor, qui sortait du cadre classique de la techno ou de la house pure et dure. C’est ainsi que les compositions envoûtantes du producteur français Ludovic Navarre (alias St Germain), l’un des précurseurs de la mouvance baptisée French Touch, furent étiquetées «nu jazz», «acid jazz» et «chill out». Mais sa signature house sophistiquée, mêlant élégamment échantillonnages et enregistrements studio, a toujours fait fi des goûts d’une industrie en quête constante de nouveautés.
Quinze ans après la parution de Tourist, dont les morceaux individuels ont été repris sur d’innombrables compilations Café del Mar, le nom de St Germain refait surface dans les salles de concert après la sortie, récemment, de son troisième album éponyme.
Cette fois, les échantillons de piano jazz et les puissants échos de dub font place aux boucles mélodiques propres à la culture mandigue. Pour réaliser cet opus qu’il qualifie «d’afro-deep» (c’est à dire, deep house aux influences africaines), Navarre a fait appel à plusieurs pointures de la scène malienne, notamment à Zoumana Téréta et à Nahawa Doumbia. Alors que Navarre et ses sept collaborateurs (kora, guitare, sax-flûte, n’goni, piano, percussions et bassiste) s’apprêtent à fouler la scène du Métropolis, Métro a voulu en savoir plus sur l’évolution étonnante de ce créateur d’univers harmonieux.
Certains des meilleurs musiciens du Mali et du Sénégal ont collaboré à cet album. Qu’est-ce qui vous a incité à approfondir vos connaissances de ces traditions musicales?
C’est surtout les sonorités et le blues du Mali. Entre le nord et le sud du pays, ce ne sont pas les mêmes influences non plus. Au nord, il y a ce mélange touareg et malien, tandis que dans le sud, c’est plus influencé par les rythmiques de Bamako et Wassoulou, qui se mélangent très bien avec les structures en 4/4 de la house, par exemple.
«Après Tourist, il y a eu une période triste, peu excitante. En 2004-2005, je pense qu’on a commencé à tourner en rond, ou encore à prendre une tangente électro-pop, ce qui ne m’attirait pas. Je n’ai pas trop suivi la suite, en fait.» -St Germain, au sujet du moment où il a décidé d’abandonner la French Touch
Vous avez invité tous les musiciens dans votre studio à Paris, où l’album a d’ailleurs été enregistré dans sa totalité. C’était important de recevoir vos collaborateurs?
Tout à fait. Ce que je cherchais, à la base, c’était une rencontre avec des gens ouverts, qui avaient un regard assez vierge sur la musique électronique et qui ne connaissaient pas du tout ses codes. Et comme ce sont des gens un peu timides, ce fut assez rigolo.
Qu’entendez-vous par là?
Ils n’osaient pas trop s’imposer au début. Ils avaient peur de mal faire. Ils ne voulaient rien dénaturer. Mais une fois qu’ils ont compris, c’est plutôt nous qui leur disions : «OK c’est bon, on l’a!» Ils n’ont pas l’habitude de jouer avec des sons de machines, donc c’était vraiment un nouveau monde pour eux.
Vous rendez hommage à l’énorme bluesman américain R. L. Burnside sur le morceau How Dare You. Qu’est-ce que vous appréciez le plus de son œuvre?
Au départ, j’ai accroché sur ses boucles très prenantes et hypnotiques. Et quand je l’ai découvert sur YouTube, j’ai été très impressionné, car il avait la même technique que les Maliens. Il joue de la guitare comme eux – pas de manière classique, mais avec les doigts qui remontent vers le haut. Ça a rendu la chose encore plus belle pour moi, parce que visuellement, c’est ce que j’entendais et ce que j’imaginais.
St Germain
Album présentement disponible
En spectacle
Métropolis
Mercredi à 20 h