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The Neon Demon: Glamour, vulgarité et nouveauté

Photo: Les films séville

Un mois après sa présentation au Festival de Cannes, The Neon Demon débarque en salle. Entretien avec le cinéaste danois Nicolas Winding Refn et sa nouvelle muse, l’Américaine Elle Fanning.

The Neon Demon (Le démon de néon) n’a pas remporté la Palme d’or. Mais pouvait-il en être autrement? Comme la plupart de ses films jusqu’ici, sinon Drive, d’ailleurs primé sur la Croisette, le dernier opus de Nicolas Winding Refn suscite l’admiration béate ou la détestation totale. Rien entre les deux. On y suit le parcours mouvementé de Jesse, une adolescente à la beauté virginale qui débarque à L.A. pour devenir mannequin. Et qui va faire une série de rencontres pour le moins sulfureuses…

«À Cannes, nous étions le glamour, nous étions la vulgarité. La nouveauté aussi, dit le cinéaste en désignant l’interprète de Jesse, assise à ses côtés. Nous avons gagné! Et puis un prix, c’est tellement aléatoire. Je suis bien placé pour en parler, j’ai fait partie du jury», ajoute celui qui siégea aux côtés de Jane Campion pour décerner, en 2014, la Palme à Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan.

«Aujourd’hui, les critiques plébiscitent des films politiques qui essaient de répondre aux grands problèmes du monde, poursuit Nicolas Winding Refn, cinéphile éclectique capable de citer Tarkovski, Cassavetes… et Pretty Woman dans la même discussion. Quand j’étais plus jeune, je cherchais une forme de reconnaissance que je n’ai jamais obtenue. Et puis quand j’ai fait Bronson [le portrait surréaliste du prisonnier britannique incarné par Tom Hardy], je me suis dit, OK. Tant pis. Je n’ai besoin de personne. Je vais faire les films dont j’ai envie. Et je vais faire des films qui parlent de moi.»

«The Neon Demon est une célébration du narcissisme de l’adolescence.» –Nicolas Winding Refn, réalisateur

The Neon Demon, à sa manière, serait donc un portrait, en creux, de son auteur et des obsessions de celui-ci. Et Jesse, son double féminin, comme l’était auparavant le Driver incarné par Ryan Gosling. «Je ne suis pas une fille américaine de 16 ans, bien sûr, se marre le cinéaste, mais plutôt un garçon danois de 45 ans qui refuse de grandir. The Neon Demon, c’est un film de genre qui fait appel au mélodrame, à l’humour, à la vulgarité, à la contre-culture.»

Ce que confirme sa comédienne, admirative. «Même si visuellement le film n’est pas ordinaire, c’est une vision assez réaliste de la façon dont se comportent les filles de mon âge», raconte Elle Fanning qui, à
18 ans, a déjà travaillé avec les plus grands, de David Fincher à Francis Ford Coppola en passant par Sofia Coppola et J.J. Abrams.

«Quand on s’est rencontrés, Nick m’a demandé d’emblée d’apporter ma touche personnelle au personnage, plus qu’aucun réalisateur auparavant, raconte-t-elle, enthousiaste. Et puis, chose rare, on a presque tourné dans l’ordre chronologique. D’ordinaire, on doit sans cesse revenir en arrière, se remettre en situation. Là, je me suis laissée porter par mon instinct, par l’histoire. On allait là où elle voulait nous emmener.»

Le cinéaste et sa muse sourient lorsqu’on évoque la séquence où Jesse est livrée aux mains d’un photographe, un brin pervers, sur un immense plateau vide. Un instant suspendu, sublimé par la B.O. électro de Cliff Martinez.  «Je suis père d’une fille de 13 ans et sachant comment certains hommes se comportent… Une partie de moi-même se sentait mal à l’aise en tournant cette scène. Et puis il y avait mon côté fétichiste qui trouvait que ce serait magnifique lorsque le photographe la recouvrirait de poudre d’or», ajoute-il en se frottant les mains. On confirme.

The Neon Demon est dédié Liv Corfixen, la compagne du cinéaste, qui vient de lui consacrer un étonnant documentaire, sorti en DVD.  «J’adore les femmes, je suis un homme très hétérosexuel, si vous voyez ce que je veux dire. Mais c’est la seule que j’ai jamais aimé, lâche-t-il, presque sentimental. Jusqu’ici, elle n’a jamais vraiment été fan de mes films, à part Drive. Les autres, elle les trouvait… intéressants (rires). The Neon Demon, c’est une célébration de la beauté, de sa beauté, et ma façon à moi de lui dire à quel point je l’admire.»

The Neon Demon
En salle dès vendredi

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