«Foreman» remet en question la masculinité avec humour

La vibrante pièce « Foreman », au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 12  novembre, remet en question la conception de la masculinité telle que perpétuée depuis trop longtemps et ses limites.
La vibrante pièce « Foreman », au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 12  novembre, remet en question la conception de la masculinité telle que perpétuée depuis trop longtemps et ses limites. Photo: Éva-Maude TC

Forte de son succès obtenu il y a un an, la vibrante pièce Foreman et ses gars de la construction reprennent du service au Théâtre Denise-Pelletier. Hâtez-vous de l’attraper, car elle joue jusqu’au 12 novembre seulement. Et elle mérite le détour. 

C’est en lançant une blague que Carlos débarque sur scène. Ce gars de la construction, qui n’exsude pas la sensibilité de prime abord, nous relate des bribes de son enfance, de son adolescence et de son entrée dans l’âge adulte. Surtout, il explique comment la violence s’est immiscée dans sa vie, croissant au fil des années jusqu’à lui empoisonner l’existence (et celle d’autres au passage).  

Entre ces tranches de vie de moins en moins rigolotes, quatre de ses chums de gars de longue date, partageant son vécu sur les chantiers, se réunissent sur une terre à bois. Pour boire, avoir du fun. Et honorer un triste évènement, dont on ignore la nature. 

Des gars pas méchants, mais tenant des propos et affichant des comportements malsains que la société appelle à l’heure actuelle à remettre en question.  

Carlos, joué par l’auteur de Foreman
Carlos, joué par l’auteur de Foreman, Charles Fournier. Photo : Éva-Maude TC

S’interroger avec humour et émotion 

Si l’un d’entre eux, Poitras, semble plus éveillé, tentant de s’extirper des archétypes du « vrai gars » implantés entre eux, et un autre, Arnaud, plus enclin à aborder des sujets émotifs, nargué pour cette même raison, les autres sont enlisés dans les conceptions de ce que devrait être, une fois de plus, « un vrai homme ».  

Railleries insensibles, affection brusque, règlements de comptes en venant presque aux poings et rapports de force font partie intégrante de leur amitié. Amitié qui recèle néanmoins ses beautés. 

En amplifiant progressivement la charge émotionnelle de son récit, l’auteur Charles Fournier, qui incarne le pilier Carlos, réussit habilement à refléter la difficulté à s’exprimer qu’a, aujourd’hui encore, une génération de jeunes hommes. 

Arnaud, incarné par Miguel Fontaine, dans « Foreman »
Arnaud, incarné par Miguel Fontaine, dans Foreman. Photo : Éva-Maude TC

« Des hommes issus de générations d’hommes en choc post-traumatique issus eux-mêmes de générations d’hommes en choc post-traumatique à cause des guerres », comme dirait l’adepte de jeux de rôle grandeur nature Arnaud, trop souvent souffre-douleur parce qu’il ne correspond pas aux clichés masculins virils… avant que ses chums ne se gaussent de sa réflexion.  

Voilà le genre de dynamique que dépeint l’auteur pour mieux l’interroger. 

C’est avec émotion ainsi que des échanges truffés d’humour — l’on s’esclaffe allègrement en regardant Foreman — que Charles Fournier remet en question la conception de la masculinité telle que perpétuée depuis trop longtemps et ses limites. Il réussit à mettre en lumière les graves conséquences découlant de la masculinité toxique chez les gars de tous âges.  

Si l’auteur y parvient avec autant de doigté, c’est que les gars représentés sur scène, il les a côtoyés sa vie durant, tant sur les chantiers et dans les usines qu’au sein du milieu l’ayant vu grandir. Il en discerne la beauté derrière la rustrerie. Cette beauté, elle transparaît chez cette bande d’amis qui s’aiment malgré leurs carapaces vouées à s’effriter.  

Charles Fournier était mû par le désir de parler aux hommes de sa génération; il réussit en outre à faire rire, émouvoir et ébranler tous les êtres autour. 

Foreman 
Théâtre Denise-Pelletier 
Compagnie Mon Père Est Mort 
Jusqu’au 12 novembre 

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