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Rencontre du troisième type

Monsieur Gauthier marche nerveusement en se baladant dans les rues de Montréal. Il veut se rendre compte, de par lui-même, de ce que la population pense véritablement de son travail. Comme il craint pour sa vie, il s’est déguisé. Une Molson à la main, il fait donc le saoûlon dans les environs du Centre Bell.

Ce qu’il entend à gauche comme à droite, n’est que négatif. D’après les gens, il fait tout de travers et prend toujours les mauvaises décisions. Malgré qu’il fasse de son mieux et qu’il est convaincu que son poste n’est pas en danger, il se sent tout de même incompris, seul et abandonné.

Quelques rues plus bas, sur René-Lévesque, Pauline, quant à elle, est déguisée en paysanne afin de passer inaperçue. Tout comme Monsieur Gauthier, elle veut connaître l’opinion publique face à son travail autrement que par les sondages. Malgré son déguisement, elle rase les murs de peur qu‘on l’attaque par derrière.

Malheureusement pour Pauline, la voix populaire exprime la même chose que les sondages. Elle doit quitter son poste pour le bien de tous, pour la cause, et si elle ne le fait pas, on s’en occupera pour elle. Bien qu’elle soit attaquée de toute part, elle refuse de lâcher le morceau.

Ces deux âmes esseulées ne sont qu’à quelques mètres de distance l’une de l’autre. Chacun fredonne « J’ai besoin d’un ami » quand le destin s’apprête à s’écrire. Tournant leur coin de rue respectif, ils sont victimes d’une collision frontale : la leur. Comme un couple qui ne s’est pas vu depuis des jours, ils se tombent dans les bras. C’est alors que…

DING DONG !

Hé merde. Ça sonne à ma porte. Désolé cher lecteur, je dois faire une pause dans mon récit afin d’aller répondre à l’importun…

De retour.

C’était le technicien de Bell. C’est que depuis les forts vents d’il y a quelques jours, ma connexion Internet n’est plus active. Je le laisse à ses réparations de fils.

Revenons donc à notre récit. Où en étiez-nous déjà ? Ah oui, au coin d’une rue. Hum, on dirait bien que nos protagonistes se sont fait la malle. Où peuvent-ils bien avoir été ? Heureusement, un figurant (que je viens d’inventer pour les besoins du récit) me fait signe. Il me chuchote à l’oreille où nos deux héros sont partis.

Je suis devant la porte 101 de l’Hôtel de glace. J’entends des voix de l’autre côté. Tout comme vous, j’aimerais mieux voir mais à défaut d’observer, je vais écouter. J’imagine que malgré tout, vous voulez que je vous rapporte ce que j’entends ? Hé bien comme répondrait le chinois dans La Guerre des Tuques quand on lui demande s’il veut un chocolat chaud, « d’accord » !

– Peu importe ce que je vais faire, je vais me faire critiquer. J’ai le public, les journalistes et les anciens constamment sur le dos ! clame calmement Monsieur Gauthier.

– Ah les anciens, ce sont les pires. Sous prétexte qu’ils ont déjà fait le même job, ils se croient en droit de nous faire la morale et de nous dire comment agir, dit Pauline avec son sourire en coin. Si je pouvais, je les enverrais direct dans leur tombes.

– Moi ça m’est impossible, explique M. Gauthier, ils ont leur propre salon à l’aréna et ils sont partout dans les médias.

– Blot ru dets fri…

Merde, mon oreille bouchée de ma grippe en sonorama d’il y a deux semaines m’empêche de bien entendre mais je jurerais détecter une troisième voix. Pourtant personne n’est entré dans la chambre.

Oh, c’est mon technicien de Bell. Il doit changer le fil extérieur et veut m’en avertir. Bon, je retourne dans ma têt… je veux dire dans l’hôtel.

– Vous savez ma chère Pauline, si je pouvais échanger l’équipe au grand complet, je le ferais. Mais ça m’est impossible. Je suis pogné avec eux !

– Dire que j’ai le problème inverse. Dans mon cas, tout le monde quitte le navire. Si ça continue comme ça, il ne va rester que les rats ! ironise Pauline.

– Je vous comprends tellement. Et qu’allez-vous faire pour contrer votre nouvel adversaire, la CAQ ?

– La même chose que vous lorsque les Nordiques vont revenir. Me tourner vers les québécois francophones et demander pardon pour les erreurs passées, explique Pauline.

Des pas dans le couloir me font sursauter. Je me lève d’un bond espérant ne pas me faire remarquer. Je crois que c’est réussi car le petit groupe entre dans la chambre adjacente. Je crois y reconnaître un réalisateur québécois, mais comme on ne les voit pas assez souvent je ne peux l’identifier.

Quand je m’apprête à recommencer mon écoute illégale, j’aperçois au loin Monsieur Lazhar se diriger vers la chambre adjacente. Oh, je comprends, c’est l’équipe du film qui s’apprête à festoyer leur nomination aux Oscars. Je crois que je vais m’inviter. Ça va être moins déprimant que ce qui se déroule dans l’autre chambre.

 

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