Pointe-aux-Trembles & Montréal-Est

Diversité: une école primaire laisse tomber son code vestimentaire

élèves en classe qui portent un uniforme
Les codes de couleur vestimentaires obligatoires seront abolis en septembre. Photo: stockbroker/123rf

L’école primaire Saint-Octave, située à Montréal-Est, abandonnera dès la rentrée son code vestimentaire afin de promouvoir la diversité et l’inclusion. Des experts en diversité sont toutefois partagés sur la portée de ce geste.

Depuis 15 ans, l’école primaire Saint-Octave imposait aux élèves de porter des vêtements de couleur bleu et blanc de style «uniforme».

Or, une petite révolution aura lieu dès la rentrée: les élèves pourront dorénavant s’habiller comme ils le souhaitent.

Le nouveau thème de l’école, «Affiche tes couleurs», aurait pour objectif de «promouvoir l’inclusion et la diversité tout au long de l’année», explique par courriel Valérie Biron, directrice des communications au Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’île (CSSPI).

Une initiative que salue Meryem Benslimane, experte en équité, diversité et inclusion. À son avis, il est primordial que les jeunes soient exposés à un éventail de tenues dès un jeune âge, ce qui les met en contact «avec la diversité des identités» qui se retrouve dans la société en générale, explique-t-elle par courriel.

Elle ajoute que l’habillement est un moyen pour les enfants de construire et d’exprimer leur identité personnelle et leur créativité à un «âge clé» où ils apprennent à se connaître. Souvent «extrêmement genré», l’uniforme peut au contraire causer des barrières et un profond sentiment de mal-être pour des étudiants 2SLGBTQIA+.

Un changement qui doit dépasser la surface

Abondant dans le même sens que Mme Benslimane, Romeo Gongora émet cependant quelques réserves.

Pour le professeur à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM, si l’établissement scolaire souhaite réellement remplir sa mission de diversité et d’inclusion, des changements doivent s’opérer aux niveaux institutionnels. Par exemple, en engageant suffisamment d’enseignants et des cadres issus de la diversité.

«Il faut se questionner (…) est-ce que les étudiants, autant ceux qui font partie de la majorité dominante que de la minorité, font réellement une expérience qui est le reflet de ce qu’est vraiment Montréal, et Montréal-Est?»

Sans changement structurel, l’abolition de l’uniforme lui apparaît en soi comme un changement «en surface», une critique qu’il étend d’ailleurs à plusieurs institutions scolaires. «Depuis 5 ans, il y a un buzz autour de la diversité. Mais ça maintient le statu quo, car on n’aborde pas les problèmes réels de racisme systémique, de racisme structurel.»

L’uniforme: éviter la discrimination ou aplanir la différence?

L’imposition du code vestimentaire à l’école Saint-Octave était motivée d’un désir d’«estomper les disparités socio-économiques entre les élèves», explique Valérie Biron.

M. Gongora reconnaît l’intention derrière cette idée, mais croit toutefois que l’uniforme a avant tout la fonction «d’aplanir» les différences. «C’est un peu pour faciliter notre compréhension de la réalité: on essaie de catégoriser, car ça nous sécurise.»

Pour Mme Benslimane, la question de l’uniforme comme égalisateur social est d’ailleurs «un faux débat». «[C’est] une fausse impression d’égalité que de mettre des uniformes pour toutes et tous, car nous sommes tous différent·es et la différence est une richesse», soutient-elle.

À son avis, la solution pour éviter la discrimination passe plutôt par le fait d’adopter une politique de «tolérance zéro» face aux comportements discriminatoires au sein des écoles.

Plusieurs parents satisfaits

Bien que quelques parents d’élèves de l’école Saint-Octave aient émis des bémols quant au changement sur les réseaux sociaux, la plupart semblent bien accueillir le changement.

En entrevue, Geneviève Dubé, mère d’une élève de 5e année, se réjouit pour sa part des économies à venir avec l’abolition du code vestimentaire. Elle aime aussi que sa fille puisse dorénavant afficher ses goûts et s’exprimer par l’entremise de ses vêtements.

Catherine Sauvé abonde dans le même sens, ajoutant que sa fille était «tellement tannée de ne pas mettre de couleur» et d’être pareille aux autres.

Articles récents du même sujet