Passer du contrôle animalier à un service animalier responsable
« Nous espérons vivre dans un milieu qui innovera en passant d’un modèle de contrôle animalier (basé sur la capture et l’élimination et où la rentabilité prime) à un modèle de services animaliers (basé sur la responsabilisation des propriétaires d’animaux et sur des mesures incitatives à le devenir) », peut-on lire dans la lettre que le groupe de Mme Tremblay a fait parvenir à l’Avenir de l’Est. Le groupe rappelle que Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles se classe en deuxième position des pires arrondissements de l’île de Montréal pour le traitement de ses animaux de compagnie, basé sur le taux d’abandon et d’euthanasie.
De son côté, le président du Berger blanc, Pierre Couture, n’est pas contre la formation de groupes de protection des animaux, mais croit que ces derniers devraient être complémentaires aux services offerts par les fourrières, qui ont comme mandat de protéger les citoyens. « Chacun doit avoir son secteur. Si le mandat de la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) est la protection des animaux, ils ne peuvent pas faire le recensement des animaux pour vendre les licences. La fourrière doit être la police des animaux et la SPCA ne peut pas faire ça », précise le président du Berger blanc.
Pour M. Couture, un contrôle effectué par la SPCA n’est pas viable puisqu’elle ne générerait pas les fonds nécessaires à l’autofinancement. Toujours selon lui, c’est cette absence de ressources financières qui avait forcé la société à se retirer, laissant place à des entreprises privées. « Ce sont des gens de bonne foi, mais ont-ils la capacité d’offrir un service 24 heures sur 24? Nous recevons 30 000 animaux par années et 72 % doivent être euthanasiés », raconte M. Couture.
« La SPCA est toujours présente, mais nos locaux ne nous permettent pas d’accueillir 3000 animaux de plus et ce ne sont pas toutes les municipalités qui sont intéressées à nos services », confie la porte-parole de la SPCA, Alanna Devine. « En matière de contrôle animalier, le Québec est très en arrière. Ce modèle n’existe plus qu’au Québec », soutient Mme Devine.
Le modèle de contrôle de la SPCA est basé sur la stérilisation des animaux et l’éducation de la population. « Ça ne donne rien de juste ramasser et tuer les animaux errants, il faut régler le problème à sa source soit en réduisant le nombre d’animaux abandonnés », ajoute la porte-parole.
La SPCA aimerait toutefois créer un partenariat avec la Ville. Déjà, l’organisme s’occupe de l’arrondissement de Verdun qui, selon Mme Tremblay, est un pionnier dans le domaine. Le règlement de Verdun « interdit de garder dans une unité d’occupation et ses dépendances plus d’un chat ou d’un chien ou d’un lapin non stérilisé et non vacciné […] » De plus, le règlement précise que les animaux en fuite peuvent être récupérés par leur propriétaire à la condition que l’animal soit stérilisé.
« C’est bien beau de faire des règlements, mais il faut qu’ils soient applicables, affirme la conseillère de ville du district de Pointe-aux-Trembles, Suzanne Décarie. Nous sommes dans un contexte économique où il y a des coupures partout. Il faut faire des choix et des inspecteurs, ça coûte cher. Il devrait y avoir un règlement à travers l’île. » La Ville centre devrait présenter ses orientations d’ici la fin de l’année. En attendant, l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles se penche sur des pistes de solution.
Du côté de la SPCA, on croit que les organismes caritatifs devraient avoir la possibilité d’offrir un service de stérilisation à bas prix. À l’heure actuelle, la SPCA est autorisée à stériliser ses pensionnaires, mais ne peut pas offrir le service à la population. M. Couture du Berger blanc croit également que des mesures devraient être prises pour réduire les coûts de stérilisation, ce qui inciterait les propriétaires d’animaux à faire stériliser leurs compagnons.
Une autre solution envisageable, selon Mme Devine, est de s’inspirer de Toronto. La métropole ontarienne interdit la vente de chiens ou de chats dans les animaleries sur le territoire de la ville, sauf s’ils proviennent d’un refuge pour animaux. « Il y a 30 000 animaux en vente sur Kijiji et LesPac. De plus, puisqu’ils ne connaissent pas les frontières, les animaux errants des banlieues vont tout de même se rendre à Toronto », rétorque M. Couture.
Le modèle actuel reste le meilleur selon M. Couture. « Nous avons eu de la mauvaise publicité, mais cela nous a permis de regarder nos activités à la loupe et d’identifier les problèmes », assure-t-il. Rappelons que le Berger blanc avait fait les manchettes au printemps dernier pour des pratiques douteuses et le mauvais traitement des animaux.
Le groupe de signataires de la lettre a invité les élus et la population à une journée de formation par le directeur d’Animal and Bylaw Services de la Ville de Calgary, Bill Bruce. La formation, organisée par les Centres d’adoption d’Animaux de Compagnie du Québec, se tiendra Novotel Montréal Aéroport (2599, boul. Alfred-Nobel à Ville Saint-Laurent) et portera sur la façon de passer du contrôle animalier à un service animalier responsable. Isabelle Robitaille fera partie des conférenciers. La résidente de Pointe-aux-Trembles avait retrouvé son chien Pollux à Kamloops, en Colombie-Britannique, un an après sa disparition, à Montréal.