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Une vie en sursis

Favereaux Anne-Laure - TC Media
Sami Sheikh a 24 ans. Il a passé la moitié de sa vie dans Parc-Extension. Il travaille comme spécialiste en support technique, a un réseau social bien établi et son accent québécois est tel que l’on remarque peu qu’il est originaire du Pakistan. Pourtant, c’est dans ce pays qu’il connaît si peu qu’il risque d’être sommé de rentrer dans les prochaines semaines.

Retour en arrière. Le 21 décembre 2000, Sami traverse la frontière américaine pour se rendre au Canada avec ses parents et ses deux sœurs. La famille est originaire du Pakistan, qu’elle a fui pour s’établir aux Émirats arabes unis pour des raisons de divergences politiques.

Sur les conseils d’un agent en immigration, ils taisent cet exil et mentionnent le Pakistan comme pays d’origine. Ceci leur permet d’obtenir le statut de réfugié, puis la résidence permanente au Canada.

Mais, en 2004, le mari de l’une des filles informe les autorités canadiennes que la famille Sheikh vient des Émirats arabes unis et non du Pakistan. Deux ans plus tard, le statut de résident permanent est révoqué pour tous.

La famille alerte les médias, mais la décision est irrévocable. Les parents se font expulser du territoire. Ils retournent aux États-Unis, bénéficiant d’un accord entre les deux pays, devenu obsolète depuis. Le cas des enfants est réétudié séparément par les tribunaux.

Le sort de Sami?

Depuis, les sœurs de Sami ont obtenu leur citoyenneté canadienne. L’une est née ici et les deux autres se sont mariées. En avril dernier, M. Sheikh a reçu le verdict du tribunal: il doit retourner dans son pays. Lui se sent Québécois et Canadien, mais absolument pas Pakistanais.

«J’ai fait ma scolarité ici. Je ne parle et n’écris même pas la langue locale. Je suis en danger au Pakistan. À l’âge de 9 ans, j’ai failli me faire tuer.»

En attendant, il a lancé un appel humanitaire et espère que l’audience prévue le 3 décembre lui permettra d’obtenir un sursis en attendant une issue plus favorable. S’il pouvait rester ici, M. Sheikh souhaiterait reprendre ses études.

Soutien des citoyens

En apprenant la nouvelle, une douzaine de citoyens de Parc-Extension ont décidé de se mobiliser. Parmi eux, Sasha Dyck a fait la connaissance de M. Sheikh récemment par l’intermédiaire d’amis communs.

«C’est un voisin qui se fait expulser du seul pays qu’il connaît. On veut le déraciner pour punir une faute que ses parents ont commise. C’est « inhumain », triste et dogmatique. Sami a tout fait pour s’intégrer ici. C’est vraiment une bonne personne. Il a pris beaucoup d’engagements bénévoles. Sa vie est ici. Dans le quartier, tout le monde se sent interpellé par son histoire, car cela pourrait arriver à n’importe qui. Même quand on fait tout pour s’intégrer dans le quartier, on peut être expulsé.»

Un point presse en soutien à Sami Sheikh est prévu la semaine prochaine dans Parc-Extension.

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