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12:35 22 janvier 2020 | mise à jour le: 22 janvier 2020 à 12:44 temps de lecture: 4 minutes

Liban: la colère ne faiblit pas malgré les annonces du premier ministre

Liban: la colère ne faiblit pas malgré les annonces du premier ministre
Photo: Sam Tarling/Getty ImagesDes manifestants anti-gouvernement à Beyrouth le 22 janvier 2020.

Le nouveau premier ministre libanais a averti mercredi que le Liban, au bord de la faillite, faisait face à une «catastrophe» et promis de répondre aux «défis immenses» qui attendent son gouvernement, confronté à une contestation sans précédent.

Signe que la colère de la rue ne faiblit pas, des heurts ont éclaté mercredi après-midi près du Parlement à Beyrouth, des manifestants jetant des pierres et des pétards sur la police anti-émeute, qui a répliqué en actionnant un canon à eau, selon un correspondant de l’AFP.

Certains manifestants ont arraché des barbelés et tenté de démonter un grand portail en fer installé par les forces de l’ordre pour bloquer une avenue menant au Parlement.

Le premier ministre Hassan Diab, un universitaire de 61 ans, avait promis de répondre au mouvement de contestation en nommant un gouvernement de «technocrates indépendants». Mais pour les manifestants, mobilisés depuis le 17 octobre, les ministres restent des personnalités affiliées à la classe politique qu’ils accusent de corruption et d’incompétence.

La crise politique que traverse le pays s’est accompagnée ces dernières semaines d’une détérioration de la situation économique et sociale.

«Nous sommes face à une impasse financière, économique et sociale», a reconnu mercredi le Premier ministre lors d’une première réunion de son gouvernement.

«En réalité, nous sommes face à une catastrophe et nous devons alléger l’impact et les répercussions de cette catastrophe sur les Libanais», a-t-il averti. «Les défis sont immenses» et «les Libanais sont fatigués des promesses et des programmes qui restent lettre morte», a poursuivi M. Diab.

«Amis des politiciens»

Dès la formation du gouvernement mardi soir, des manifestants ont incendié des pneus et bloqué des autoroutes à travers le Liban.

«Au lieu des politiciens corrompus, on a droit aux amis des politiciens corrompus», raillait Ahmad Zaid, un étudiant de 21 ans à Beyrouth.

À Tripoli, la deuxième ville du pays, des manifestants ont bloqué des routes mercredi, tandis que les écoles sont restées fermées, a rapporté une correspondante de l’AFP.

En trois mois de contestation, la colère n’a fait que grandir chez les manifestants. Ceux-ci réclament le renouvellement complet d’une classe dirigeante quasi-inchangée depuis la fin de la guerre civile (1975-1990).

Ces derniers mois la crise économique s’est aggravée avec des licenciements en masse, des restrictions bancaires drastiques et une perte du tiers de la valeur de la livre libanaise face au dollar dans les bureaux de change.

La nouvelle équipe se retrouve confrontée à une tâche titanesque, alors que le pays croule sous une dette avoisinant les 90 milliards de dollars US, soit plus de 150% de son Produit intérieur brut (PIB).

Mercredi, le président français Emmanuel Macron a promis que son pays ferait «tout» pour «aider» le Liban, confronté à «une crise profonde».

«Un peu de temps»

«Concernant la situation économique, je le répète, cela fait partie de nos priorités», a estimé mardi le premier ministre du Liban. «Il faut nous accorder un peu de temps», a-t-il plaidé.

Dans une économie où le système bancaire occupe un rôle prépondérant, les autorités vont devoir gérer le manque de confiance criant de la population à l’égard des banques, qui ont adopté des restrictions draconiennes sur les retraits en dollars ou les transferts vers l’étranger.

Le gouvernement a été formé par un seul camp politique, celui du puissant Hezbollah pro-iranien et ses alliés, majoritaires au Parlement, les partis soutenant l’ex-premier ministre Saad Hariri ayant refusé d’y participer.

Au côté du Hezbollah, on compte notamment la formation Amal ainsi que le Courant patriotique libre (CPL), fondé par le président Michel Aoun.

Parmi les ministres figurent des noms inconnus du grand public, notamment des académiciens. Le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, honni des manifestants, a été remplacé.

Pour obtenir une équipe réduite, certains cumulent deux portefeuilles comme le ministre en charge de la Culture et de l’Agriculture, une fusion, parmi d’autres, ayant attisé la colère de la rue.

«Nous refusons totalement le gouvernement de Hassan Diab, ce n’est pas une équipe de technocrates indépendants et elle ne répond pas aux exigences populaires de la révolution», lançait mardi Alaa Khodor, un manifestant à Tripoli.

«Nous allons poursuivre l’escalade dans la rue jusqu’à la chute du gouvernement», a-t-il promis.

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