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15:07 21 avril 2020 | mise à jour le: 21 avril 2020 à 15:14 temps de lecture: 4 minutes

Les États-Unis se mettent au traçage à l’ancienne, mais «c’est tard»

Les États-Unis se mettent au traçage à l’ancienne, mais «c’est tard»
Photo: Spencer Platt/Getty ImagesPatient atteint du coronavirus à New York

Impossible pour les États-Unis de reproduire le modèle taïwanais ou sud-coréen de traçage numérique des cas de Covid-19: là-bas, les autorités se sont arrogé l’accès à des montagnes de données personnelles allant de la géolocalisation aux relevés de cartes bancaires et de voyage et aux dossiers médicaux.

Aux États-Unis, un pays à la fois vigilant sur les libertés individuelles et hautement décentralisé, plusieurs juridictions, villes et États, optent pour l’embauche de milliers d’enquêteurs de santé publique qui devront appeler au téléphone, fastidieusement, tous les cas confirmés de Covid-19, afin de dresser une liste de toutes les personnes qui ont passé plus de 15 minutes à moins de deux mètres de distance d’elles… et d’appeler ces contacts-là ensuite pour les inciter à la quarantaine.

C’est un travail de fourmis, peu qualifié, un travail de centre d’appels, complémentaire des multiples applications mobiles et volontaires en développement. Pas besoin d’avoir une formation médicale. Les agents travaillent depuis chez eux, grâce à un logiciel sur leur ordinateur. Chaque appel prend au moins une demi-heure.

Le Massachusetts a été le premier à lancer le programme, début avril: il va recruter 1000 «contact tracers», des chercheurs ou recenseurs de contacts (17 000 personnes ont postulé). San Francisco le fait aussi, à son échelle. Quant aux autres États, ils commencent à peine à planifier.

«C’est tard», dit Joia Mukherjee, directrice médicale de Partners in Health, l’ONG choisie par le Massachusetts pour gérer le programme. «Cela aurait été plus simple de le faire après le premier cas.»

Mais le retard peut être rattrapé, croit-elle. «Toutes les épidémies sont hautement localisées. C’est terrifiant de regarder le bilan global, mais il faut s’attaquer au problème ville par ville, quartier par quartier.»

«Si le Liberia arrive à le faire, pourquoi pas le Massachusetts?» dit Joia Mukherjee à l’AFP.

En Afrique, et dans d’autres pays, ce genre de suivi personnalisé est considéré comme la base de la santé publique. Mais depuis 40 ans, ajoute la médecin, «les États-Unis ont désinvesti dans la santé publique au profit des hôpitaux et des activités qui génèrent des recettes».

À Wuhan, 1800 équipes de cinq personnes ont fait ce travail, souvent des volontaires. Pour les États-Unis, cela reviendrait proportionnellement à 265 000 personnes.

Les chercheurs de l’université Johns Hopkins ont suggéré 100 000 agents pour commencer. Un chiffre «stupéfiant», de leur aveu.

Le pays ne compte actuellement, tout au plus, que 5000 spécialistes chargés de suivre les cas de maladies transmissibles tels que le VIH ou la tuberculose, dit à l’AFP Michael Fraser, directeur général de l’association des responsables de santé publique des États et collectivités territoriales (ASTHO).

Il ne s’attend pas à ce que le recrutement commence avant deux à quatre semaines dans la plupart des États.

«Le but est une mise en place avant la réouverture», dit Michael Fraser.

Ce n’est que lundi que le gouvernement fédéral, par la voix du vice-président Mike Pence, a annoncé l’envoi de renforts des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) dans chaque État: «10 à 12» pour commencer, des enquêteurs chevronnés qui pourront coordonner le traçage au niveau local.

Mais des États comme le Texas entendent commencer à rouvrir des magasins et commerces dans les prochains jours. Alors que ce grand État aurait besoin d’au moins 8000 agents de traçage, estime l’ASTHO.

«Ce sera risqué» de déconfiner sans avoir les moyens de surveiller la résurgence de l’épidémie, prévient Michael Fraser, sans compter que cela doit monter en gamme en même temps que les capacités de dépistage. Faute d’assez d’agents, il faudra cibler en priorité les maisons de retraite, les hôpitaux et les populations vulnérables.

Pour maximiser l’impact de cette approche humaine, une astuce technique aide à inciter les gens à décrocher leur téléphone quand les agents les appellent: dans le Massachusetts, au lieu d’un numéro inconnu, un accord a été passé avec les opérateurs pour que l’identifiant «Covid Care Team» (équipe de soins Covid) s’affiche sur leur téléphone.

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