Vivre dans un bureau: un nouveau type de gardiens
Être gardien d’un bureau vide en échange d’un logis est devenu une nouvelle façon de déjouer les loyers élevés. Métro a découvert que cette pratique comporte toutefois son lot de risques.
On s’attend à entendre la cloche sonner la reprise des cours. Les murs sont couverts de certificats, d’affiches et de bulletins. Les couloirs sont familiers, et on se souvient des casiers remplis de livres. Un retour à l’école après tant d’années, mais pour les 30 personnes qui y vivent, les cours n’arrêtent jamais.
L’appartement de Rob McEvely est une vaste salle de classe, mais le tableau sur le mur en est le seul indice. Dans la pièce s’étalent des objets typiques d’un homme fraîchement diplômé: des poufs et des accessoires technos.
«C’est encore mieux qu’une maison normale, s’exclame le jeune travailleur de 26 ans, en servant du thé au ginseng. L’espace est énorme – la plupart de mes amis paient le double du loyer pour vivre dans un appartement grand comme une boîte à chaussures. Et les pièces voisines sont vides, donc je peux faire autant de bruit que je veux, sans m’inquiéter des voisins.»
Les occupants sont des gardiens de propriété qui veillent sur les lieux vacants, en échange d’un loyer modique et d’un espace modeste. Il s’agit d’une façon de plus en plus populaire de combattre la crise du logement qui a accompagnée la crise économique qui sévit en Europe. Au Royaume-Uni, le 7e pays le plus riche au monde, près d’un million de personnes sont techniquement sans-abri.
Tous les types de bâtisses vacantes peuvent faire de tels accommodements, comme des écoles, des immeubles de bureau et même des hôpitaux. Les locataires, ouverts d’esprit, sont généralement de jeunes adultes travaillant dans des domaines créatifs, mais peu rémunérés. Les gardiens doivent avoir un emploi et souscrire à des critères stricts.
L’école de Rob est gérée par Camelot, la plus grande compagnie de gardiens de propriété au monde. L’entreprise s’occupe de 70 000 propriétés en Europe et elle s’agrandit de 30% chaque année. Ce modèle d’entreprise compte plus de 50 compagnies qui prennent en charge des centaines de milliers de propriétés.
Avec un registre aussi vaste de propriétés, les gardiens doivent se croiser les doigts s’ils veulent tomber sur un endroit agréable. À Bloomsbury Square, dans le centre de Londres, Iain Macintosh a gagné la loterie. «Je suis assez satisfait», avoue l’artiste de jeux vidéo de 27 ans. Il habite dans un bureau d’avocat reconvertit qui côtoie d’anciennes maisons de la famille royale britannique. Mais au lieu de payer un loyer habituel de 3000 $, son logis lui coûte 375 $ par mois.
Originaire d’Écosse, Iain se décourageait des loyers élevés de Londres. Il a gravi les échelons avec une série de contrats de gardien. «Je suis très chanceux ici. Avant, je vivais dans une vieille maison avec des alcooliques qui ne m’aimaient pas, et ensuite, je suis allé dans un immeuble de bureaux dont tous les murs étaient abattus. On ne se sent pas toujours en sécurité.»
Rob McEvely est du même avis. «On a trouvé de l’amiante dans le plafond et tout le monde barre ses portes en tout temps. Un vélo a été volé la semaine dernière.» Il nous pointe les tuyaux qui ont coulé et la moisissure dans les murs, qui l’ont rendu malade.
Mais nul ne songerait à se plaindre. «Camelot ne veut pas entendre parler des problèmes; si nous devenons plus d’ennuis que nous valons, ils vont tout simplement expulser tout le monde», ajoute Rob.
Les gardiens doivent aussi composer avec une grande source d’insécurité: les occupants n’ont pas les mêmes droits que des locataires réguliers: en tant que gardiens, ils peuvent être évincés à n’importe quel moment avec un préavis de seulement deux semaines.
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Les soupçons qui planent sont visibles: de nombreux cadenas sont installés sur les portes et les vélos et les relations se font toutes par courriel. La peur d’être évincé est constante: les occupants se signalent souvent les uns, les autres pour des règles enfreintes.
La compagnie, quant à elle, nie un problème de négligence. «Nous encourageons les gardiens à nous faire part de problèmes, ils sont là pour protéger les propriétés, se défend Bob de Vilder, le co-fondateur de Camelot. Tous les règlements sur la santé et la sécurité sont strictement respectés, rien de moins ne serait accepté par nos partenaires, comme le ministère de la Défense et le Service de santé nationale.»
Aucun des gardiens à qui Métro a parlé n’a senti que la compagnie réagissait aux problèmes, mais les militants du logement affirment qu’ils doivent accepter un compromis. «C’est une solution imparfaite, mais réaliste, dit David Ireland, le directeur de l’agence Empty Homes. «J’aimerais voir ce modèle s’étendre. Ce sont des solutions temporaires, mais au moins les propriétés sont utilisées.»
Alors, est-ce que les gardiens recommandent leur mode de vie? «C’est pour des personnes qui n’ont pas besoin de beaucoup de confort, dit Iain Macintosh. Je ne pourrai jamais inviter mes parents ici.»
Les règles
- Aucun enfant ni animal ne peut vivre dans les locaux.
- Il est interdit de fumer dans les locaux.
- On doit être prêt à emménager ou déménager selon un court préavis.
- Les locataires ont un emploi depuis au moins un an.
- On ne peut être absent pendant trois nuits sans permission.
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Questions & réponses
David Ireland, directeur du groupe Empty Homes Agency, qui milite pour des logements abordables, répond à nos questions.
La surveillance exercée de cette façon peut-elle résoudre la crise du logement?
Pour les gens qui sont flexibles à propos des baux, c’est une option peu chère qui permet de ne pas voir des propriétés barricadées.
Les gardiens ont peu de protections juridiques, ça vous rend inquiet?
Pas si les personnes sont conscientes que ce n’est pas un bail normal. Si elles sont prêtes à ce compromis, ce type d’entente peut marcher pour eux.
Voudriez-vous que cette mode prenne de l’ampleur?
Oui, mais il y a de meilleures solutions à long-terme. Des coopératives d’habitation sont en attente, donc nous verrons si ça sera des appartements abordables. Il est important de noter que plusieurs personnes vulnérables ne peuvent pas devenir des gardiens. Les propriétaires doivent réaliser qu’ils peuvent bénéficier du fait d’avoir leur propriété occupée.




