Vingt ans de «paix» au Salvador
Sans faire de bruit, tout doucement, loin des grands feux médiatiques, le Salvador fête aujourd’hui les 20 ans de sa renaissance après une descente aux enfers d’au moins 290 mois qui brûla 80 000 vies dans le plus petit État d’Amérique centrale.
La guerre civile se termina sans vainqueurs ni vaincus. Le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), l’un des plus puissants mouvements de guérilla latino-américains, déposa les armes, et l’armée, formée et soutenue par Washington, se soumit sans craindre de représailles. Le passage de l’autoritarisme à la démocratie se fit sans heurts. Rien ne vaut un match nul militaire pour réconcilier de vieux ennemis.
Aujourd’hui, c’est un gouvernement de centre gauche qui cherche à faire régner un peu plus d’égalité sociale dans ce pays de sept millions d’âmes coincé entre le Honduras et le Guatemala.
Depuis les accords de paix du 16 janvier 1992, signés à Chapultepec (Mexique) sous l’égide des Nations unies, le taux de pauvreté de la population est passé de 66 à 48 %. Mais c’est encore trop. À preuve, la délinquance, alimentée surtout par la misère, fragilise la paix. Elle cause une quinzaine d’assassinats quotidiens. C’est un des taux d’homicides les plus élevés au monde.
Cette violence jette une ombre sur le paysage salvadorien, souvent dépeint par l’ONU comme l’exemple à suivre pour tout pays ayant tourné le dos à la guerre civile. Privés de perspectives d’avenir, bon nombre de jeunes (plus du tiers de la population) rejoignent les Maras, ces gangs nés dans les années 1990 dans les banlieues de Los Angeles et qui se sont répandus comme une traînée de poudre en Amérique centrale avec l’expulsion massive d’illégaux centre-américains.
Le président Mauricio Funés, un ancien journaliste, a décidé de les interdire en 2010, un an après son arrivée au pouvoir. La réinsertion des jeunes a cédé la place à la répression.
Abréviation de «marabunta», une fourmi carnivore rouge, les Maras seraient cependant encore responsables d’au moins 60 % des meurtres quotidiens. Il y aurait plus de 30 000 jeunes mareros dans les rues, reconnaissables à leur tatouage.
La violence coûterait au petit Salvador, l’un des pays les plus pauvres des Amériques avec Haïti, un milliard de dollars annuellement, plus de 10 % de son PIB. Qui plus est, il y a plus d’argent investi dans la sécurité que dans l’éducation et la santé. Les accords de Chapultepec ont mis fin à la guerre civile, mais tant que les inégalités sociales et économiques seront aussi criantes, la «grande fête de la paix» clamée il y a 20 ans tardera à être au rendez-vous.