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Beppe Grillo en guerre contre la politique traditionnelle

Photo: Agata nowicka/illo.pl
Elisabeth Braw - Metro World News

La nouvelle coqueluche de la politique européenne expose pourquoi il mène une révolution contre la politique traditionnelle, comment sa révolution deviendra plus grande que le printemps arabe et les raisons pour lesquelles il incarne une garantie contre le fascisme.

Beppe Grillo

  • Qui? Un des comédiens les plus populaires d’Italie; blogueur influent et activiste démocrate combatif.
  • Âge. 64 ans
  • Dans les médias. Fondateur et chef du Mouvement 5 étoiles (M5S), venu de nulle part pour rafler 25,54 % des votes aux élections italiennes au printemps dernier.
  • Un autre parti n’a-t-il pas recueilli plus de votes? Oui, le parti de centre gauche et le parti de Berlusconi ont récolté au-dessus de 29 % des votes. Mais Grillo a un immense appui des jeunes Italiens, et le M5S est à la fois un parti et un large mouvement protestataire.

Il n’y a pas si longtemps, Beppe Grillo était un comédien populaire. Mais maintenant, les puissants d’Italie – et même d’ailleurs – craignent le nouveau chef de l’opposition. Lors de la récente élection italienne, les jeunes ont catapulté son tout nouveau parti, le M5S (Mouvement 5 étoiles), au pouvoir politique avec 25 % des votes. Dans une entrevue exclusive à Métro, Grillo prévient que ce n’est que le début d’une révolution qui ébranlera le monde entier.

Vous voulez faire tomber le système politique. Vos électeurs ne préfèrent-ils pas voir des solutions aux problèmes de l’Italie?
La destruction du système est déjà commencée grâce à l’internet, qui démolit la corruption mondiale et la fausse démocratie. Le changement est en cours, mais la classe politique ne comprend toujours pas que nous sommes plus qu’un simple groupe qui prône la destruction et le remplacement des anciens partis. Le M5S est un changement de mentalité, de culture et de société qui ne fait qu’accélérer un processus déjà existant. Nous devons imaginer un monde différent, car celui dans lequel nous vivons ne fonctionne pas. L’Italie est en pause, il n’y a plus d’industries et les petites et moyennes entreprises sont mourantes. Nous avons de gros problèmes de santé, d’éducation et de culture, et ce pays a 2 650 G$ de dettes et 133 G$ en intérêts de la dette. M5S est un concept : redonner un sens qui n’existe plus à l’identité et à l’état de l’Italie. La bureaucratie a remplacé la démocratie, la finance a remplacé l’économie. Nous devons trouver un sens au mot «travail». Nous ne pouvons plus penser l’économie qu’en termes de PIB.

Donc une révolution est en cours en Italie. Sera-t-elle plus grande que celle ayant eu lieu en Égypte?
Absolument. Peut-être que les gens s’ennuient de Moubarak en Égypte. Mais ici, personne ne pleure Fini ou Casini, et personne ne pleurera Bersani ou Berlusconi. Nous, Italiens, ne regretterons rien, parce que nous choisirons d’honnêtes personnes pour diriger le pays. Des gens normaux, directs et transparents. Les entreprises qui veulent investir n’auront pas à chercher ailleurs qu’ici. Nous allons préparer le terrain pour de futurs investissements par la transparence, l’honnêteté et le professionnalisme. Nous allons nommer des spécialistes là où ils seront nécessaires, dans des postes qui étaient donnés aux responsables du parti, aux amants, aux femmes, aux amis et aux amis d’amis par le passé. L’internet permettra aux gens avec les meilleurs CV d’obtenir les postes qu’ils méritent.

Et ensuite?
Quand le M5S est né, les gens disaient : «Grillo représente l’antipolitique. C’est un démagogue et un populiste.» Ces jours-ci, ils copient notre ordre du jour et j’en suis extrêmement content. C’est bel et bien une révolution, et ceux qui l’observent de l’intérieur ne le réalisent même pas. Ils ont 60-70 ans, ils sont dans les vieux partis politiques, les journaux et les banques. Et ils n’ont pas compris qu’il s’agit d’une guerre entre les générations. Nous ne pouvons plus avoir des élus de 70 ans qui sont en poste depuis 35 ans. Ces gens qui ont détruit le pays ne peuvent plus nous expliquer comment réparer les dommages qu’ils ont créés. Je n’ai jamais demandé des votes dans le but de former une coalition. Nous avons le droit de les envoyer à la maison. Et ceci est seulement le commencement. Les citoyens deviendront l’État et au Parlement, nous aurons des comités de citoyens, des mouvements et des représentants élus en ligne. Chaque citoyen aura les outils nécessaires pour décider de sa propre vie.

Les politiciens traditionnels ont-ils encore un rôle à jouer?
Je crois que le changement continuera de se propager comme une épidémie. Il y aura de moins en moins de dirigeants, et de plus en plus de pouvoir aux citoyens. Commençons comme ça : que les parlementaires gagnent un salaire normal, qu’ils restent en poste pendant deux mandats, puis qu’ils retournent à l’emploi qu’ils avaient avant. Puis rendons tout disponible avec internet pour faciliter l’honnêteté. De cette façon, la franchise deviendra une mode en Italie. Les gens qui voudront venir et investir devront être honnêtes et transparents, sinon ils n’auront qu’à aller voir ailleurs. Nous sommes un mouvement qui veut une solution et qui défend la liberté et la légalité. Nous avons fait comme la Révolution française, mais sans la guillotine. Nous remplissons un vide avec la démocratie. En Grèce, ce vide a été rempli par l’Aube dorée, en Hongrie par le parti néonazi et en France par Le Pen. Nous sommes une garantie de démocratie. Les gens devraient nous remercier au lieu de nous attaquer.

Quand vous parlez avec un chômeur, lui dites-vous qu’il y a de l’espoir?
Je lui dis que nous avons un plan d’urgence immédiat : un revenu de base garanti. L’argent peut être trouvé en coupant à la racine le coût de la politique, en réformant les syndicats, le marché du travail et le droit des sociétés : le petit actionnaire devrait décider du salaire du dirigeant d’entreprise, comme ç’a été décidé en Suisse par le biais d’un référendum. Il devrait aussi décider si le dirigeant mérite de garder son emploi. Ces décisions reviennent aux petits actionnaires, et pas aux conseils d’administration.

L’Italie serait-elle mieux hors de la zone euro?
Faire partie ou non de la zone euro, ce n’est pas quelque chose que nous pouvons décider, et je n’ai jamais dit le contraire. J’ai dit que la dette souveraine nous envoie dans un trou noir. Nous sommes dans un trou noir, sans espoir. Nous ne pouvons laisser ce problème aux mains des personnes qui sont présentement en charge, parce qu’ils sont des dilettantes, des voleurs et des parasites. Ils ont ruiné un pays qui aurait un potentiel extraordinaire autrement. Regardez autour de vous : c’est une guerre. Partout, il n’y a que les débris laissés par ces gens qui exigent notre confiance. Ce pays est plein de décombres : décombres moraux, décombres sociaux, décombres industriels. Nous commençons une guerre, nous sommes au front et nous vaincrons. Nous sommes la nouveauté, nous voulons gouverner et nous sommes capables de le faire.

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