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Cet Occident qui parraine les dictateurs arabes!

Lundi dernier, en marge des pourparlers entre les rebelles et le régime al-Assad, j’ai commenté le dossier de la Syrie pour une radio montréalaise.

Au détour de mon analyse, l’animateur m’interpelle: «Mais comment le président syrien est-il parvenu à se maintenir au pouvoir malgré tout?» Ce genre de désarroi au sujet des pays arabes se répète inlassablement chez nous.

Évidemment, la question est pertinente. Comment les populations arabes se laissent-elles mener comme des troupeaux par des crapules? Ce que feignent d’ignorer plusieurs Occidentaux, c’est que des printemps arabes il y en a eu plusieurs depuis le milieu des années 50, mais ils ont tous été tués dans l’œuf et dans le sang par des dictateurs indigènes supportés en grande partie par l’Occident.

Auparavant, avant Internet, les téléphones intelligents et les médias sociaux, les dictateurs arabes étaient de fidèles clients de l’écoute téléphonique classique et des méthodes brutales et vicieuses «made in America» pour détruire leurs opposants.

Ce n’est plus un secret de polichinelle, plusieurs artisans des polices politiques arabes ont été formés à Langley, au siège même de la CIA.

Au XXIe siècle, en plus de la formation de polices politiques, les entreprises privées de l’Occident, avec l’aval de leurs chancelleries, faut-il le rappeler, fournissent du matériel ultra sophistiqué à leurs vassaux, les dictateurs arabes.

Le dernier numéro de Manière de voir du Monde diplomatique nous rappelle là-dessus des détails intéressants. Dans l’article «Surveillance “profonde” sur Internet», Antoine Champagne nous parle de la Libye où, après la chute de Tripoli, on a découvert un centre destiné à l’écoute de la population. Tout y était surveillé: le réseau Internet, les téléphones mobiles et les connexions par satellite.

Cet article nous apprend aussi que cette installation à la fine pointe a été mise en place par Amesys, une filiale de la société française Bull. Pire, la direction du renseignement militaire française avait été sollicitée pour aider à la formation des «surveillants» libyens.

Dans le même papier, on apprend qu’en Syrie, c’est du matériel américain qui permet au régime de Bachar al-Assad de censurer Internet et les réseaux sociaux.

Une technologie redoutable qui peut filer les opposants et les détruire. Ce n’est pas pour rien que les geôles de Damas sont pleines à craquer de dizaine de milliers de prisonniers politiques et que, là-bas, le nombre des disparus ne cesse de battre des records, même dans les pires conflits militaires de notre planète.

À lire: «Souriez, vous êtes surveillés», Manière de voir, le Monde diplomatique, février-mars 2014, numéro 133.

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