Saint-Pétersbourg interdit la «propagande gaie»
Depuis samedi, une loi controversée a rendu hors-la-loi les parades gaies dans la ville russe la plus favorable aux homosexuels.
Les membres de la communauté LGBT à Saint-Pétersbourg risquent désormais de «vivre dans la peur», alors qu’une nouvelle loi interdisant la «propagande homosexuelle» est entrée en vigueur samedi.
La loi, signée par le gouverneur de l’ancienne capitale royale, Georgy Poltavchenko, impose des amendes allant jusqu’à 16 000 $ pour les individus – et 160 000 $ pour les organisations – «faisant la promotion de la sodomie, du lesbianisme, de la bisexualité et des transgenres auprès des mineurs». Des lois similaires ont été adoptées dans plusieurs régions russes – Astrakhan (sud), Ryazan et Kostroma (centre).
Nikolai Alekseev, un célèbre avocat russe spécialisé dans les droits des gais, a intenté une poursuite en diffamation contre le député Vitaly Milonov, le promoteur de la nouvelle loi. Milonov aurait traité Alekseev de «fille» et il l’accuse de recevoir des fonds de l’Union européenne.
«Nous verrons comment il va prouver en cour que je gémis à Bruxelles et que je vis de subventions», a dit Alekseev. Il demande à Milonov des excuses et un dédommagement de 34 000 $ pour dommages moraux.
Depuis que la loi a été proposée il y a quatre mois, les groupes pro-LGBT ont tenu une série de manifestations et d’opérations de piquetage. «Cette interdiction veut dire que nous devrons nous battre pour donner nos cours d’éducation sur les droits des LGBT», a dit à Métro la militante Polina Savchenko.
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Un coup de poignard dans le cœur des LGBT
Entrevue avec Polina Savchenko, directrice de «Vychod» («Coming out»), le plus grand groupe de LGBT en Russie
Quelle a été la réaction de la communauté LGBT à la nouvelle loi?
D’abord et avant tout, la loi, formulée de manière très vague du point de vue légal, est un outil parfait pour semer la peur dans notre communauté. Par exemple, personne n’est totalement sûr qu’elle rende illégal, pour deux femmes, le fait de se tenir par la main, ou pour une personne le fait de se promener vêtue d’un t-shirt portant l’inscription «être gai est OK». Elle est aussi effrayante pour les parents gais : la loi dit-elle qu’ils n’ont plus de droits parentaux, puisqu’ils font de la «propagande gaie» juste en élevant leurs enfants? Personne n’est sûr de rien!
L’Église orthodoxe russe, qui soutient avec véhémence la nouvelle loi, a une forte emprise sur la politique et l’opinion publique. Croyez-vous que le combat pour l’acceptation des LGBT est une cause perdue dans votre pays?
Non, je ne le crois pas. Paradoxalement, la promulgation de la nouvelle loi a provoqué beaucoup plus de débats et de discussions publics sur le sujet plus que nous n’avions réussi à en susciter avant. Puisque notre cause est au centre de l’attention publique, nous pouvons espérer gagner le cœur et l’esprit des gens.
Pourquoi la loi est-elle en vigueur à Saint-Pétersbourg, mais pas à Moscou et ailleurs?
Saint-Pétersbourg est perçue comme une ville progressiste et culturellement riche. Elle est aussi qualifiée de «ville russe la plus favorable aux gais». Dans un sens, la loi a été promulguée là pour frapper en plein cœur la communauté LGBT. En remportant la victoire à Saint-Pétersbourg, les autorités savent maintenant qu’elles peuvent gagner dans toutes les autres villes.
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Vox pop (réalisé en Russie):
Êtes-vous pour ou contre la loi de Saint-Pétersbourg contre «la propagande gaie»?
- Irina, 50 ans, opératrice de chaudière
«Je n’aime pas cette loi. Je n’ai rien contre l’homosexualité. Laissons les gais vivre leur vie, s’aimer et avoir des familles. On ne doit pas dire dans la presse que l’homosexualité est bonne, mais dire qu’elle est mal et horrible n’est pas correct non plus.»
- Anna, 18 ans, étudiante
«Nous avons besoin de cette loi comme de l’air qu’on respire! Il me semble que si la télévision n’avait pas dénoncé cette problématique, beaucoup de jeunes seraient intéressés par l’homosexualité. Le résultat de la « propagande gaie », c’est que bientôt un gars sur deux sera gai!»
- Daniel, 25 ans, ingénieur
«Je n’aime pas les gais et les lesbiennes. Nous avons besoin de cette loi. Si des gens aiment faire l’amour avec des personnes du même sexe qu’eux, qu’ils le fassent, mais sans faire la promotion de leur mode de vie.»