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10:00 27 octobre 2020 | mise à jour le: 27 octobre 2020 à 10:25 temps de lecture: 3 minutes

Déclin du français ? Ben voyons donc !

Déclin du français ? Ben voyons donc !

Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) déplore le nationalisme de façade du gouvernement en matière linguistique alors qu’il vient de torpiller une motion visant à mieux protéger la langue officielle.

Cette motion invitait la députation de l’Assemblée nationale à déclarer l’urgence linguistique au Québec et demandait au gouvernement de freiner le déclin du français. Elle a été rejetée sous prétexte d’empêcher la redirection d’investissements de 750 millions $ destinés aux projets d’agrandissement du collège Dawson et de l’Université McGill vers des institutions d’enseignement supérieur francophones, ce qui apparaît aux yeux du SPGQ comme cynique et irresponsable.

Cynique parce que le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, n’offre pour l’instant que de vagues intentions de présenter un plan misant sur l’exemplarité de l’État quant à la langue française. La motion demandait au gouvernement d’agir concrètement pour freiner l’érosion du français, un an après la parution d’un rapport troublant du Conseil supérieur de la langue française sur les pratiques linguistiques des ministères et organismes publics au Québec. En demeurant au stade des intentions, le ministre semble nous dire : « Déclin du français ? Ben voyons donc ! »

Tristement irresponsable, car le ministre sait depuis un an que des proportions inquiétantes d’employés de l’État, à Montréal, à Laval et en Outaouais, utilisent parfois une autre langue que le français dans leurs échanges avec des collègues ou des contribuables québécois. Doit-on en déduire que les ressources au ministère de M. Jolin-Barrette sont insuffisantes pour établir le français comme langue de travail et celle des échanges entre collègues sur les lieux de travail au Québec ? Au SPGQ, nous croyons que l’absence de gestes significatifs, trop longtemps attendus pour freiner l’érosion du français en milieu de travail, justifie de déclarer l’urgence linguistique au Québec.

Le SPGQ ne nie pas le déficit d’espace pouvant contraindre les activités et la mission du collège Dawson. Par contre, quand de larges pans du réseau de l’éducation et de l’enseignement supérieur pataugent en déficit structurel, quand les établissements privés cannibalisent les ressources d’un réseau public déjà à bout de souffle et en manque criant de personnel, il serait sage de tenir compte de l’ensemble des besoins du réseau, ce qui inclut ceux du collège Dawson et de l’Université McGill.

Battre une motion qui demande de renforcer la Charte de la langue française et d’en assurer l’application partout au Québec, c’est un peu comme d’abandonner au feu notre bien le plus précieux, celui qui nous unit, nous façonne, nous construit, nous cimente. Certes, la pandémie et la relance économique commandent des choix difficiles. Cependant, aucun cataclysme, peu importe son ampleur, ne devrait nuire au choix de vivre, de parler et de travailler en français au Québec.

Line Lamarre
Présidente

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