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Aung San Suu Kyi sur un éléphant «blanc»?

Aung San Suu Kyi a-t-elle un point en commun avec l’éléphant «blanc» de Birmanie, dont les rares apparitions sont considérées comme étant le signe de changements politiques importants? Sa libération, samedi, vise avant tout à tromper la communauté internationale en lui faisant croire à une ouverture de la part de la junte au pouvoir depuis 1962. Emprisonnée ou assignée à résidence, la prix Nobel de la paix 1991 a passé 16 des 21 dernières années privée de toute liberté. Elle pourrait retourner à l’ombre d’un jour à l’autre. Pour l’heure, sa libération n’a qu’un seul et unique but : légitimer le pouvoir militaire après son «écrasante» victoire aux législatives du 7 novembre. Aucun grand parti d’opposition n’a participé au scrutin, destiné à donner un vernis de légitimité à la soldatesque de Rangoun.

Le commentaire le plus cynique, mais sans doute le plus juste, sur la libération d’Aung San Suu Kyi vient de la revue britannique The Economist. «La junte a mis tant de limites restrictives à ses activités qu’en fait, elle a tout simplement été libérée pour une plus grande prison.» Pour pouvoir rester libre, Mme Aung San, 65 ans, devra, d’une manière ou d’une autre, s’engager à ne plus se mêler de politique. Une fois pour toute.  Autant lui demander de se changer en statue de sel.

Elle ne peut se plier à un tel diktat. Que dirait la majorité des 50 millions de Birmans qui la vénèrent et les 400 000 moines bouddhistes ayant défié la junte lors de la «révolution safran» d’il y a trois ans? Une héroïne ne peut être faible, surtout lorsqu’elle est la fille d’un grand héros de l’indépendance birmane, assassiné alors qu’elle n’avait que deux ans. Ce qu’elle dira ou ne dira pas au cours des prochains jours aura des échos dans tout le pays.

De manière générale, c’est le combat pour la démocratie qui reprend vie au Myanmar, nom donné par la junte à la Birmanie. Les sanctions internationales, occidentales surtout, doivent sûrement faire mal pour que Than Shwe, l’homme fort du régime, relâche Aung San Suu Kyi, lui qui la déteste tant. Superstitieux, il ne veut surtout pas voir en cette «sorcière de la démocratie» l’apparition d’un éléphant «blanc». Peu importe que la peau du pachyderme soit entre le rose et le brun, tomber dessus est très rare. Pour tous les Birmans, c’est signe de l’arrivée d’un printemps politique. Cet été, un tel éléphant, une femelle de 38 ans, a été capturé dans la jungle birmane.  

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