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Mordecai Richler et la couleur locale

Les producteurs du film Barney’s Version (Le monde de Barney), tiré du roman du même nom de Mordecai Richler, ont confié le rôle principal et des rôles secondaires importants à des acteurs états-uniens (Paul Giamatti, Dustin Hoffman) et britanniques (Minnie Driver, Rosemund Pike). Il en était allé de même pour Joshua Then and Now (James Woods, Alan Arkin) et The Apprenticeship of Duddy Kravitz (Richard Dreyfuss, Randy Quaid, Jack Warden), deux films réalisés respectivement en 1985 et en 1974, tirés eux aussi de l’Å“uvre du controversé écrivain.

Voilà qui est curieux, car des Montréalais d’origine juive sont au cÅ“ur de ces trois histoires. Les anglophones d’ici n’ont-ils pas un accent, une façon bien à eux de s’exprimer? Pourquoi accepte-t-on que des étrangers jouent des rôles qui auraient dû normalement échoir à des acteurs locaux?

Le plus drôle, c’est que Giamatti lui-même a soulevé le problème dans une entrevue : «Voilà un personnage [Barney Panofsky] profondément ancré dans la culture dont l’histoire est intrinsèquement canadienne, et vous embauchez un type venu du Connecticut pour potentiellement tout gâcher? Je ne voulais surtout pas avoir l’air de l’Américain arrogant qui interprète tout croche une culture qui n’est pas la sienne. Alors oui, quand j’ai rencontré le producteur et le réalisateur, je leur ai demandé très sérieusement si un acteur canadien n’aurait pas été plus en mesure de rendre justice au personnage. Je sais à quel point Mordecai Richler est une icône en ce pays.»

Non seulement les Canadiens anglais boudent-ils leur propre cinéma, mais ils semblent faire pareil avec leurs propres acteurs, dont les grands, pourtant, ne manquent pas.

Sur un autre plan, cela me fait quelque chose de savoir qu’une partie de mon argent se retrouve dans les poches d’acteurs qui paient leurs impôts ailleurs qu’ici. Je suggère que Téléfilm Canada et la SODEC resserrent leurs règles à ce chapitre. Qu’un producteur soit pénalisé pour chaque rôle confié à un étranger, à moins que le scénario ne le réclame.

– Sylvio Le Blanc, Montréal

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