Somaliland: région pétrolifère cherche investisseurs
Mohamed Yusef sait reconnaître une bonne occasion quand elle se présente. Cet homme d’affaires londonien a récemment investi 5 M$ dans l’exploration pétrolière au Somaliland. Bien qu’on estime que le Somaliland dispose de vastes ressources pétrolières, l’initiative de Yusef demeure un cas isolé. «Bien des gens reconnaissent que le Somaliland représente une occasion d’investissement intéressante, explique-t-il. Le pays compte de nombreuses ressources minérales et occupe une position stratégique. Mais les investisseurs potentiels craignent que les autorités somaliennes ne leur disent un jour que les documents légaux du Somaliland ne sont pas valides.»
Yusef est avocat et n’a pas peur que les contrats qu’il signe soient frappés de nullité. La brève période d’indépendance qu’a connue le Somaliland en1960 assure la validité légale des contrats commerciaux, soutient-il. Les colonies britannique et italienne de Somalie ont fusionné le 1er juillet 1960, après avoir été deux pays indépendants durant une semaine. Plus récemment, le Somaliland a déclaré son indépendance de la Somalie en 1991.
Cette région de 3,5 millions d’habitants souffre du flou entourant son statut. «Le Somaliland constitue un dilemme pour la communauté internationale, ajoute John Campbell, un ancien ambassadeur américain au Nigeria devenu spécialiste de l’Afrique au Conseil des relations étrangères, un groupe de réflexion américain. Ce pays est à maints égards une réussite, mais n’est reconnu par personne.» Résultat : sa monnaie n’est acceptée nulle part et n’a pas de taux de change.
Dans le contexte africain, le Somaliland peut être considéré comme prospère. «C’est une réussite sur le plan démocratique, ce qui n’est pas rien dans une région où l’on trouve peu de régimes démocratiques, note Roger Middleton, spécialiste de la corne de l’Afrique du groupe de réflexion londonien Chatham House. «Il n’est pas aussi prospère que le Kenya, mais est devenu un modèle de stabilité en AfriÂque. Et les choses y vont beaucoup mieux qu’en Somalie, où règne le chaos et où le gouvernement ne contrôle à peu près rien.»
Tout cela ne garantit pourtant pas la reconnaissance du Somaliland. «Les pays non africains vont attendre de voir ce que décide l’Union africaine, avance Middleton. Et, vu la possibilité d’un effet domino, l’UA hésite à reconnaître l’indépendance d’une région du continent.»