Une campagne à ne rien faire
À ceux et celles qui, comme moi, savent déjà à qui leur vote ira aux prochaines élections, je suggère d’utiliser leur temps à une activité tout autre et bien plus productive que celle de suivre les faits et gestes insipides de nos futurs élus.
Par exemple, je suis en train de lire L’art difficile de ne presque rien faire, petit ouvrage de Denis Grozdanovitch, qui nous avait déjà enchanté avec son précédent et génial Petit traité de désinvolture.
Et voici que je lis : «Pose-toi la question.
Être ministre à la cour, comment le comparer à être un immortel dans la forêt? Un pichet de vin, un fourneau pour l’élixir, le bonheur d’écouter le vent dans les pins et en pleine journée s’endormir.»
Ça donne matière à rêver. Je pose mon livre, incline le dossier de ma chaise, enclenche le lecteur CD et la musique de Haydn s’empare de mon corps en diffusant une délicieuse sensation de torpeur.
Ici comme ailleurs, l’enjeu est toujours pour moi de savoir quelle place est faite à l’être humain; comment prendra-t-on soin des plus faibles et des marginaux, et comment chacun sera-t-il représenté dans ses aspirations au bonheur, quelle part de solidarité exprimeront les choix politiques que nous ferons. Pour l’instant, force nous est de constater que les actions de ce gouvernement ont été à l’opposé de ces préoccupations.
Vous voyez, ce n’est pas si facile, ne rien faire, habitués que nous sommes à être sollicités de toutes parts et à y faire face.
Alors, devant ce printemps qui prend son temps, et devant toutes ces heures récupérées à ne point suivre ni débattre des futures élections, j’ai bien l’intention d’en profiter pour apprendre le plus possible à ne presque rien faire, et à me conformer au cours des choses. Puis, le jour venu, j’irai voter l’esprit en paix.
– Jean-Marc Lefebvre