Soutenez

La peine de mort recule dans le monde

Anthony Johnston - Metro World News

La Chine a exécuté «des milliers» de personnes l’année dernière, dénonce Amnistie internationale. L’Iran, la Corée du Nord, le Yémen et les États-Unis complètent le top 5 des pays qui exécutent le plus, selon son rapport 2010. Ailleurs, la tendance à l’abolition se poursuit.

La Chine a exécuté «des milliers» de personnes en 2010 malgré un déclin de l’application de la peine de mort dans le monde, selon Amnistie internationale.Dans son rapport publié lundi, l’ONG affirme que la Chine exécute plus de personnes que tous les autres pays du monde réunis. Le nombre exact d’applications de la peine capitale est inconnu, car il n’est pas public – c’est un secret d’État. «Le gouvernement chinois est très réticent à publier ses statistiques, même pour en discuter à l’interne avec ses propres chercheurs. C’est pourquoi il est si difficile de confirmer la réduction des exécutions, dont se targue la Chine», a dit Roseann Rife d’Amnistie internationale.

L’Iran, la Corée du Nord, le Yémen et les États-Unis complètent, avec la Chine, le top 5 des pays qui appliquent la peine capitale. Ils sont «à contre-courant et de plus en plus isolés à la suite d’une décennie de progrès de l’abolition de la pratique», dit aussi Amnistie internationale. L’année dernière, l’Iran a tué au moins 252 prisonniers, la Corée du Nord, 60, le Yémen, 53 et les États-Unis, 46.

Le nombre d’exécutions a chuté au niveau mondial, passant, selon un décompte effectué, par Amnistie   (excluant la Chine), de 714 en 2009 à 527 en 2010. «La minorité d’États qui ont recours à la peine capitale sont responsables de milliers d’exécutions en 2010, en contradiction avec la tendance globale à l’abolition de la peine capitale», explique Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnistie. Il ajoute qu’en dépit de certains reculs, l’année 2010 nous a rapprochés d’une abolition complète.

Le déclin des États qui appliquent la peine capitale est patent : dans les années 1990, 35 pays y avaient recours. Ce chiffre est passé à 25 au cours des 10 dernières années. Amnistie remarque toutefois que certains pays appliquent la peine capitale pour des crimes moins sérieux, comme l’adultère ou des motifs reliés aux drogues, surtout en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

«Alors que les exécutions sont en baisse, certains pays continuent d’appliquer la peine de mort pour des crimes économiques, des relations sexuelles entre adultes consentants, des crimes liés aux drogues ou le blasphème, violant clairement le droit international, qui interdit le recours à la peine de mort, à l’exception des crimes les plus sérieux», conclut Salil Shetty.

«La peine de mort sert à justifier les politiques des États»
Roseann Rife, experte des droits de l’Homme au sein d’Amnistie, parle à Métro de la peine de mort dans le monde…

  • En Chine?

«Les statistiques sur la peine de mort sont toujours considérées comme un secret d’État par la loi chinoise. Des officiels affirment que les exécutions sont en baisse en termes de pourcentage. Tant qu’ils ne révèlent pas leurs chiffres, ils ne peuvent pas prouver leurs dires. Il y a un certain nombre de cas d’inno­cents exécutés au cours des 10 dernières années. C’est rare qu’ils soient rendus publics, mais quand ils le sont, ils provoquent une indignation dans la presse locale et la société civile. Je crois que cela a poussé les autorités à analyser le processus complet du système d’application de la peine de mort en Chine.»

  • Aux États-Unis?

Je prévois une abolition totale dans tout le pays. Je déteste spéculer sur la date, mais je pense qu’on fait de grands progrès aux États-Unis. Le nombre d’exécutions en 2010 représente le tiers du nombre moyen dans les années 1990. Il est main­tenant possible de dis­cuter de la peine capitale dans ce pays. Comme la Chi­ne, les États-Unis ont réalisé qu’une exécution rend irrévocable une décision de justice, alors que, malgré toutes les précautions, le système de jus­tice ne sera jamais parfait.»

  • La peine de mort est-elle culturelle?

Non. Nous avons docu­menté l’utilisation de la peine capitale et des exécutions dans tous les pays du monde, dans toutes les cultures, les religions et sous tous les types de gouverne­ment. Il est impossible de l’attribuer à une cause spécifique. Nous avons entendu des gouvernements nous dire qu’elle est acceptable dans leur culture, que c’est bien établi. Mais vous entendez ce discours dans différentes sociétés. C’est une justification utilisée par les gouvernements pour atteindre leurs objectifs politiques.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.