G8, G20 ou… G192?
Mais à quoi peut bien servir le G8? Tel un lancinant mal de dents, la question refait surface tous les ans. Les plus puissants de la planète, malgré un emploi du temps hyper chargé, se coupent du monde pendant deux jours en se serrant la main et en émettant des communiqués souvent remplis de longues et creuses promesses.
Faut-il pour autant mettre fin à ces conclaves tenus dans des lieux agréables, mais transformés en bunkers? Non. Mieux vaut se parler, nouer et renouer des liens. Tout sauf se taper dessus. Longue vie donc au G8! Vive ses échanges informels sur les grands sujets de l’heure, ses vœux pieux et ses bonnes intentions jamais contraignantes!
Il est cependant grand temps d’ouvrir les portes à d’autres pays pesant tous les jours un peu plus sur les échanges internationaux. Après tout, avant l’entrée du Canada, en 1976, et de la Russie, 22 ans plus tard, le club des riches (14 % de la population mondiale) ne comptait que 7 membres à son premier sommet, au château de Rambouillet, non loin de Paris, en 1975.
Accueillir la Chine, l’Inde et le Brésil notamment, est aussi impératif que réformer le Conseil de sécurité de l’ONU, dont le vrai pouvoir est détenu par ses membres permanents. Et pourquoi ne pas accepter tout le monde?Le G8 deviendrait le G192, soit la totalité des États à l’ONU. Ceux souffrant de tous les maux de la planète pourraient ainsi mieux se faire entendre. Mais, la totalité de leurs richesses se chiffre à un maigre 10 % de l’économie mondiale, contre plus de
60 % pour le club des huit.
Pas question donc de les écouter en dehors de l’enceinte onusienne. Alors, chacun à sa place. Les vrais riches au G8, les nouveaux riches au G20 (il est vrai que l’Union européenne et les membres du G8 en font partie) et les pauvres loin des deux et des yeux.
Mais voilà, ce sont les multiples problèmes de ces derniers qui dominent souvent les sommets des puissants de ce monde. Les volcans politiques et sociaux sont dans le sud, de même que la faim. Toutes les trois heures, soit le temps d’un dîner du G8, celle-ci fait près de 3 000 morts.
À Deauville, la semaine dernière, 40 G$ ont été promis pour soutenir les «printemps arabes». Il y a quelques années, 25 G$ d’aide au développement devaient prendre la route de l’Afrique. Le continent le plus pauvre de la planète attend toujours la totalité de cette somme.
En définitive, au lieu de tout chambouler, il serait plus simple de tenir quelÂques-unes des trop nombreuses promesses faites à chaque sommet du G8. Cela coûterait plus cher, mais la crédibilité n’a pas de prix.