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Cyberguerre entre les deux Corée

L’attaque a été massive, foudroyante. À la vitesse de l’éclair, elle a traversé la zone démilitarisée entre le Nord et le Sud pour paralyser une des grandes banques de Séoul.

Survenue le 12 avril, la cyberattaque s’ajoute aux attaques, mortelles celles-là,  contre un navire de guerre et une petite île de pêcheurs l’an dernier.

Entre les deux Corée, le dialogue est vraiment rompu. Séoul est certes habitué aux menaces verbales et militaires de Pyongyang, mais le danger cybernétique est une donnée avec laquelle on ne badine pas ces jours-ci, surtout au pays de toutes les nouvelles technologies. Il y a quelques mois, la Corée du Sud a mis sur pied un centre de commandement pour la cyberguerre afin de contrer toute attaque de son «frère ennemi» communiste. Visiblement, cela n’a pas empêché l’assaut du mois dernier contre les ordinateurs de la Nonghyup, mis hors circuit pendant trois jours.

Ces deux dernières an­nées, les Nord-Coréens, avec leurs unités d’élite de «pirates», ont choisi de s’en prendre au système bancaire de la quatrième économie asiatique. Ils ont visé juste. Chaque fois, ils empêchent les clients des banques de Séoul de retirer leur argent, d’utiliser leurs cartes de crédit ou encore d’emprunter. Dans un pays capitaliste, cela ne pardonne pas.
«Certains croient que c’est le fils de Kim Jong-iI – le dirigeant nord-coréen – qui aurait été à la tête de l’attaque contre la Nonghyup et d’autres systèmes bancaires», explique In-Sook Lee, professeure de littérature française à l’Université Hanyang de Séoul.

Peu importe, les relations entre les deux pays sont au plus bas depuis l’élection du conservateur Lee Myung-bak en 2008. Peu après son entrée au «Blue House», le palais présidentiel, ses ordinateurs ont eux aussi été noyautés pendant quelques heures par le Nord.

Le «bulldozer», c’est son surnom, a choisi la ligne dure à l’égard du dernier régime stalinien de la planète en suspendant toutes les aides – même alimentaire – à Pyongyang, estimant qu’elles finissent toujours dans les goussets des militaires du «très cher» Kim Jong-il.

«Il est vrai qu’on ne peut lui faire confiance. Il change d’humeur du jour au lendemain. Il est un peu fou, vous savez», précise la professeure Lee. Plus de 60 ans après leur guerre fratricide, les 2 pays se regardent toujours en chiens de faïence. Leur frontière est la plus milititarisée du monde, avec plus de 50 000 soldats sur un pied d’alerte. À chaque incident, cybernétique ou non, la guerre froide le long du 38e parallèle monte de quel­ques degrés. On le sent même à Séoul qui, avec ses gratte-ciel futuristes, se trouve à 57 km de la Corée du Nord, aux prises avec une famine endémique.

Pas question donc pour Lee Myung-bak de se rendre à Pyongyang, comme l’avait fait Kim Dae-jung, un de ses prédécesseurs. De toute façon, son mandat de cinq ans prend fin l’an prochain et, selon la Constitution, il ne peut se représenter.

Tout indique que les deux Corée, malgré une langue, une histoire et une culture communes, resteront pour longtemps encore deux planètes distinctes à des années-lumière l’une de l’autre.

Notre chroniqueur est en Corée du Sud.

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