C'est l'industrie qui fête
Demain, c’est la Journée mondiale sans tabac. Par le passé, le Québec figurait parmi les leaders mondiaux de la lutte contre le tabac grâce à l’adoption de mesures législatives d’envergure, dont plusieurs précédents mondiaux. Ainsi, face à la dévastation quotidienne occasionnée par ce produit mortel et inutile, le Québec pouvait au moins souligner cette journée avec fierté et, surtout, se réjouir de la baisse graduelle du taux de tabagisme, qui est passé de 34 % en 1996 à 20 % en 2006. Or, cette année, il n’y a rien à célébrer. C’est l’industrie du tabac qui est gagnante. Aucune mesure d’envergure n’a été adoptée depuis le renforcement de la loi en 2005. Pire, le taux de tabagisme est coincé aux alentours de 20 % depuis cinq ans. Cela signifie que, chaque année, des milliers de nouveaux fumeurs remplacent ceux qui arrêtent ou qui meurent. Plus de 100 000 jeunes ont commencé à fumer depuis l’entrée en poste du ministre Bolduc, en juin 2008.
Pendant que le gouvernement investit des milÂlions pour combattre la contrebande de tabac, il ferme les yeux sur les manœuvres prédatrices des fabricants légaux qui, elles, constituent la principale porte d’entrée des jeunes vers cette dépendance mortelle. Nos lois désuètes permettent à l’industrie de séduire de nouvelles clientèles à l’aide d’une panoplie de nouvelles stratégies de marketing : tabac à saveur de friandise, emballages ressemblant à des gadgets électroniques, cigarettes ultraminces qui attirent les jeunes filles, etc.
Le ministre Bolduc s’était engagé à renforcer la Loi sur le tabac à l’automne 2010, mais rien n’a été fait jusqu’à maintenant. Ignore-t-il que le tabac demeure la première cause de décès évitables au Québec, faisant deux fois plus de victimes que le suicide, les noyades, l’alcool, les accidents de la route, les toxicomanies, les meurtres et le sida réunis? Cet immobilisme gouvernemental s’avère d’autant plus surprenant quand on considère de la priorité actuelle d’améliorer l’accès aux soins de santé – alors que le tabac accapare près du tiers des ressources allouées aux séjours hospitaliers au Québec. Pendant ce temps, l’Australie s’apprête à imposer l’emballage fade et générique des cigarettes, les États-Unis ont instauré un quasi-moratoire sur la mise en marché de nouveaux produits de tabac, et New York a interdit les saveurs dans presque tous les produits du tabac.
Tristement, pour les Québécois, la seule chose à souligner ici, à l’occasion de cette Journée mondiale sans tabac, c’est la comÂplaisance du gouvernement face à toute la souffrance et la dévastation que continue de causer l’industrie du tabac.
– Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac