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Donald Rumsfeld: «L'histoire nous dira la vérité»

Elisabeth Braw - Metro World News

Plusieurs ministres américains tombent rapidement dans l’oubli. Pas Donald Rumsfeld. Dans ses mémoires, Known and Unknown, l’ancien secrétaire à la Défense défend les interventions militaires en Irak et en Afghanistan. «Si Saddam Hussein s’était exilé, nous n’en serions pas arrivés à cette guerre», dit l’homme.

Dans son bureau, Rumsfeld a un morceau de l’avion qui s’est écrasé sur le Pentagone. Malgré son image publique de dur, l’homme est chaleureux, plein d’esprit et taquin. Juste avant l’entrevue, il a demandé à la blague à la personne qui m’accompagnait : «Est-elle acerbe? Est-elle partisane de la gauche?» Métro s’est entretenu avec lui.

Quelle part du crédit revient à Barack Obama dans la capture d’Oussama Ben Laden?
Chaque administration s’appuie sur les réalisations de la précédente. Nous avons passé un temps fou à corriger les faiblesses qui existaient depuis la guerre froide. Il y avait eu un relâchement et cela avait affecté nos services de renseignement. Durant les huit ans de mandat de George W. Bush, nous avons mis beaucoup d’effort sur les Forces spéciales. Nous avons augmenté leur budget de 300 %. L’administration Obama a bénéficié de nos efforts post-11 septembre.

Les leaders pakistanais ont dit ne pas savoir où se cachait Ben Laden. Les croyez-vous?
OBL [Oussama Ben Laden] avait de l’argent et le soutien d’Al-Qaïda. Il n’avait pas besoin du soutien des Pakistanais. C’est très plausible que le gouvernement du Pakistan n’ait pas su où il était. Est-ce qu’il y a des membres du gouverne­ment pakistanais qui aurait aimé aider OBL? Bien sûr! Nous sommes au fait de leurs relations avec les talibans. D’un côté, ils nous ont aidés à capturer de nombreuses personnes et, de l’autre, ils travaillent avec les talibans.

Est-il logique alors que les États-Unis continuent de collaborer avec le Pakistan?
Absolument. Ce n’est pas dans notre habitude de ne pas collaborer avec les autres États. Winston Churchill a conclu un pacte avec Staline. Non pas parce qu’il admirait ce boucher, mais parce qu’il avait besoin d’aide pour défaire Adolf Hitler.

Vous dites dans vos mémoires que les États-Unis ont découvert une usine de fabrication d’armes de destruction massive en Irak. Puisque c’était la principale raison d’aller en guerre, pourquoi votre administration n’a-t-elle pas rendu cette information publique?
Nous ne savions pas si l’usine était directement liée à Saddam Hussein. Bien sûr, étant donné sa puissance, il n’y a pas beaucoup de choses qu’il ne savait pas. Nos troupes ont trouvé des personnes qui savaient comment faire des armes chimiques. Ils ont trouvé des manuels d’armes de destruction massive écrits en arabe, des combinaisons de protection et des lieux où il était possible de fabriquer ces armes. Les personnes impliquées auraient pu les produire en trois ou quatre semaines.

Est-ce que la guerre en Irak aurait eu meilleure presse si ces preuves avaient été rendues publiques?
Je ne me soucie pas de ça. L’histoire nous dira la vérité.

Vous avez dit que la prison de Guantanamo était très bien administrée. Est-ce que sa mauvaise réputation est due à une mauvaise opération de relations publiques?
Quoi d’autre? Des centaines et des centaines de journalistes s’y sont rendus pour trouver des choses compromettantes, mais ils n’ont rien trouvé. À leur retour, ils n’ont pourtant pas écrit que c’était une bonne prison. Ils n’ont pas dit que les prisonniers étaient bien nourris. Ils ne l’ont pas fait parce que ce ne sont pas des nouvelles à leurs yeux. Mais un expert belge des droits humains qui a visité Guantanamo a déclaré que l’endroit était très bien administré, même mieux qu’en Belgique.   

Qu’en est-il de la torture par l’eau?
Plusieurs personnes croient qu’il y a eu de la torture à Guantanamo parce que la CIA a torturé par l’eau trois prisonniers qui ont par la suite été transférés à Guantanamo. Certains ont parlé de «prisonniers qui avaient été torturés par l’eau à Guantanamo», ce qui suggérait que la Défense était impliquée. Au total, trois prisonniers ont été torturés de cette façon, dont Khalid Sheikh Muhammed, mais ils ne l’ont pas été à Guantanamo et ils ne l’ont pas été par la Défense améri­caine. Ils l’ont été sous l’autorité du président Bush et en accord avec le dépar­tement de la Justice. L’administra­tion s’est mal défendue sur ce point, mais les faits de­meurent les faits. C’est une prison très bien administrée.

Est-ce pour cette raison que Barack Obama a finalement choisi de ne pas la fermer?
J’ai parlé récemment à un officier qui travaillait à Guantanamo quand Obama est arrivé au pouvoir. Il m’a dit que le procureur général avait visité la prison. Une fois la visite terminée, le procureur lui a dit : «Montrez-moi le reste.» Il était convaincu qu’il y avait une partie secrète où il se passait des choses graves. Mais ce n’est pas le cas. À son premier jour au pouvoir, Obama a affirmé qu’il fermerait Guanta­namo. Mais à la suite de sa visite, le procureur général lui a dit qu’il devrait revenir sur sa décision.

Des informations ayant mené à la capture de Ben Laden ont été obtenues à la suite de torture par l’eau menée sur Khalid Sheikh Muhammed. Est-ce que cela a changé votre position sur ce type de torture?
Une unité spéciale de la CIA l’a fait sur de rares personnes. La Défense ne devrait pas le faire. Il y a des soldats très jeunes et ils ne sont pas formés pour ça. Ce n’est donc pas approprié pour la Défense américaine.

C’est donc justifiable, mais les jeunes soldats ne devraient pas le faire?
Trois directeurs de la CIA – George Tenet, Porter Goss et Michael Hayden – ont indiqué qu’une grande partie des informations dont nous disposons sur Al-Qaïda nous sont venues des personnes qui ont été torturées par l’eau. Et le directeur actuel de la CIA, Leon Panetta, a dit que les techniques poussées d’interrogation ont permis d’obtenir des informations cruciales pour trouver Ben Laden.

Quelle est la chose la plus importante que vous ignoriez quand vous êtes devenu le secrétaire à la Défense de George W. Bush?
Si vous savez que vous ignorez quelque chose, c’est déjà mieux que d’ignorer que vous ne savez pas quelque chose. Une attaque terroriste peut survenir à tout moment et de n’importe quelle façon. C’est impossible de défendre tout le monde, partout, à tout moment. Le but des terroristes est de faire peur aux gens. Si vous ne pouvez défendre tout le monde, alors la meilleure chose à faire est celle que le président Bush a faite, soit mettre de la pression sur les terroristes. Si ça devient plus difficile pour eux de recruter, d’amasser des fonds, de voyager et de trouver des pays qui leur sont hospitaliers, les terroristes auront du mal à tuer des innocents comme ils souhaitent le faire.

De quoi êtes-vous le plus inquiet?
De la prolifération des armes de destruction massive et des cyber-attaques. Les pays d’occident offrent les opportunités les plus grandes. C’est pourquoi les autres veulent venir ici. Nous utilisons des ordinateurs plutôt que des bouts de papier. Ça nous rend plus vulnérables aux cyber-attaques que les pays moins développés.

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