Des vedettes couronnées
Les 2 et 3 juillet, un couple de vedettes à joyaux débarquera chez nous, à nos frais. Le prince et sa femme déambuleront comme ça, aussi superfiÂcielÂlement, aussi royaleÂment qu’ils le pourront, sur un chemin que les instances politiques auront pris grand soin de garnir d’éloges et de machins somptueux. Et à ceux qui décrient cet événement absurde, soit pour son coût élevé, soit pour la valeur politique qui y est rattachée et dont chaque Québécois digne de ce nom devrait s’indigner, les organisateurs de l’événeÂment répondent quelques sottises fades et banales : il y aura des retombées économiques, ça favorisera le tourisme…
Mouain. En admettant que, effectivement, les quelques commerçants chanceux qui se trouvent près de l’itinéraire royal en profitent, le tout reste dans mon idée un scandaÂle. Étant donné que la relation du Québec avec la monarchie ne relève que de l’officiâillerie, on doit considérer ici William et sa belle brune en simples stars. Or, les contribuables auraient-ils jamais accepté de payer les frais d’hébergement et autres lors d’un passage de Johnny Depp, sous prétexte que ce sera peut-être économiquement rentable? Ou d’Angelina Jolie? Ou de Brigitte Bardot? (Ciel! J’espère que non!)
Ainsi, avec quoi se retrouve-t-on ici? Avec le séjour ultracoûteux de deux pantins couronnés, ceux-là mêmes qui nous rappellent douloureuseÂment quel grotesque type de gouvernance has been le Québec est encore forcé de subir quand le pays de nos véritables fondateurs s’en est très sagement débarrassé il y a plus de deux longs siècles! Il y a quelques jours, Amir Khadir comparait cette visite royale aux étranges créatures de cirque qu’on faisait circuler dans les rues autrefois pour que les gens se bidonnent. Il me semble qu’il a vu juste, seulement ici, j’ai la triste impression que ce sont les démocraties du monde entier qui peuvent se payer notre tête!
Il n’y a pas à dire, le ministère des Relations internationales respecte bien mal la devise du Québec en laissant Harper faire déambuler ces deux énergumènes très honorables sur son territoire. Et laisser la facture aux contribuaÂbles, c’est ajouter l’insulte à l’injure! Il y a un certain Papineau qui doit se retourner dans sa tombe…
Si le Rest of Canada se plaît à admirer les dorures des rejetons de la reine, grand bien lui fasse; mais qu’il n’impose pas cette fanfaronnade à notre nation.
– Mathilde Lefebvre