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Autopsie d'une pancarte

J’ai participé le 2 juillet à la manifestation devant l’ITHQ à Montréal. Je n’étais pas du côté des protestataires. Je brandis-sais plutôt une pancarte, ornée de deux fleurdelisés, où on pouvait lire : «Bienvenue Kate et William sur le Plateau», avec pour fond un dessin en rouge d’un grand cœur percé d’une flèche. Qu’est-ce qui m’a poussé, par un si beau samedi d’été, à confectionner ce panneau et à faire le pied de grue sur la rue Saint-Denis? En bon «plateaunien», je ne suis pas très porté sur les «people». Et je ne suis pas membre non plus de la ligue monarchiste.

Avant tout, je voulais souligner la venue de membres de la famille royale chez nous – une première. Je voulais aussi faire contrepoids à la poignée des
traditionnels braillards-revanchards nationalistes qui accaparent d’ordinaire toute l’attention des médias. Le groupe des admirateurs et partisans dominait en nombre celui des opposants, et les slogans de «À bas la monarchie!» étaient vite étouffés par ceux de «Will & Kate!», le tout se passant tout de même dans une atmo­sphère bon enfant, sous l’œil mi-sévère, mi-amusé des policiers de l’escouade antiémeutes qui nous dévisageaient.

Les médias, en général, ont correctement rapporté l’équilibre des parties en présence, sauf CNN qui a seulement montré les opposants, tombant ainsi dans le fâcheux travers médiatique qui consiste à mettre seulement l’accent sur le négatif ou le sensationnel. À l’exception d’une grande photo à l’effigie de Diana, ma pancarte était la seule surgissant de notre groupe, et j’en ai retrouvé une bonne dizaine de photos dans les médias électro­niques du monde entier (mais pas dans la presse écrite).

Un mot, enfin, sur la monarchie et la famille royale. Tant que le Québec fera partie du Canada, nous conserverons ce régime, et on ferait mieux de s’y habituer. Nos compatriotes des autres provinces y sont en effet trop attachés pour que cela puisse changer dans un avenir prévisible. Cette particularité cana­dienne a aussi l’avan­tage de nous démarquer clairement des États-Unis. Si on considère que la fonction d’un chef d’État, distincte de celle de chef de gouver­nement, est nécessaire, l’institution d’un monarque canadien et de son repré­sentant au pays, le gouverneur général, constitue un système assez commode et relativement peu coûteux. De plus, la famille royale actuelle est tout à fait digne de respect. La reine Élisabeth est une personne remarquable, et les jeunes héritiers William et Kate dégagent un charisme incontesté. Je trouve même que l’impopulaire Charles est un personnage intéressant, et ses prises de position et que ses actions cohérentes en faveur de l’écologie, de la protection des espèces menacées et du patrimoine architectural sont des plus estimables.

– Christian Feuillette, Montréal

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