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Citizen Murdoch le solitaire

Mettre à mort sa vache à lait pour sauver toute son étable médiatique : c’est ce qu’a fait Rupert Murdoch en fermant News of The World, le plus grand tabloïd du monde anglo-saxon, au cœur d’un retentissant scandale d’écoutes téléphoniques. Comment expliquer une décision sans précédent dans les annales de la presse?  

Ce n’est pas tous les jours qu’un hebdomadaire hyper rentable est sabordé. Il tirait chaque dimanche à 2,8 millions d’exemplaires (plus de deux fois le tirage de tous les quotidiens québécois). Depuis hier, 200 journalistes sont sur le pavé. Murdoch n’a pas lâ­ché son fleuron médiatique, fondé en 1843, parce que le journal le plus populaire de Londres était allé trop loin dans la bassesse journalistique.

Non, les raisons d’ordre éthique ne priment pas. La colère populaire était trop grande, les annonceurs commençaient à lâcher l’hebdo, acquis en 1969 : il ne pouvait faire autrement. Que des mem­bres de la famille roya­le, des politiciens, des stars de l’écran ou des stades aient été placés sous écoute téléphonique, passe encore. Mais pirater les cellulaires de victimes de crimes sordides, ou encore ceux des familles de soldats morts en Irak ou en Afghanistan, c’était trop. La coupe était pleine.

«C’est la première fois qu’il y a de tels soupçons d’atteinte à la vie privée des citoyens : tant qu’il s’agissait de célébrités, le public ne semblait guère concerné», explique dans un échange de courriels Florence Faucher-King, directrice de recherche du Centre d’études européennes de Strasbourg.

Murdoch a alors choisi de calmer le jeu en cherchant à sauver ses intérêts dans les médias britanniques, qu’il contrôle à 40 %. Dans quel­ques semaines, quelques mois, il remplacera sans dou­te le News of The World par The Sun, son «frère» au quotidien. Le journal n’a pas d’édition dominicale. Son équipe rédactionnelle est certes plus petite, mais cela n’empêche aucunement le tiroir-caisse de sonner.

Le magnat, à la tête du plus grand groupe médiatique du monde,  se devait également de faire baisser la tension, car il a dans la mire BSkyB. Il est prêt à débourser 13 G$ pour acquérir la télévision satellite britannique qu’il contrôle déjà à 39 %. Mais, il lui faut l’aval du gouvernement de David Cameron. S’il l’accordait, le premier ministre conservateur risquerait alors de perdre le soutien de l’électorat.

Dans un royaume où tout n’est pas rose, Citizen Murdoch doit se sentir bien seul en ce moment.

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