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Dix ans après le 11 septembre 2011: une menace en évolution

Le 11 septembre 2001, les Américains se sont éveillés à la dure réalité du terrorisme. Dix ans plus tard, bien qu’aucun au­tre acte terroriste d’une telle ampleur n’ait été perpétré, les États-Unis demeurent à l’affût des menaces d’attaques. Ces menaces, qui font toujours partie du quotidien du peuple américain, se sont toutefois transformées avec le temps.

Autrefois l’apanage d’Al-Qaida, les menaces proférées contre les pays occidentaux se sont diversifiées au cours de la dernière décennie. «Trois vagues ont suivi Al-Qaida, explique le spécialiste en sécurité nationale et ancien agent de renseignement du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) Michel Juneau-Katsuya. La première est composée de gens qui ont adopté les idées d’Al-Qaida sans ap­partenir au groupe. La seconde tient du terrorisme maison. Elle est faite de gens qui vivent dans des pays occidentaux, qui ont des liens avec le monde musulman et qui ont décidé d’épouser la cause d’Al-Qaida. C’est ainsi qu’on a vu être commis les attentats de Londres, de Madrid et de Mumbai. La dernière vague est composée de gens qui n’ont rien à voir avec Al-Qaida, l’Islam ou une quelconque idéolo­gie religieuse, mais qui ont dé­cidé de faire la promotion de leur agenda. On y retrouve notamment des groupuscules d’extrême droite et des anarchistes.»

Cette multiplication d’agents perturbateurs aurait eu pour effet d’amplifier la menace qui pèse sur les États-Unis, où une quarantaine d’attentats auraient été déjoués depuis le 11 septembre 2001. «Uniquement depuis l’arri­vée de Barack Obama à la tête du pays, le nombre de groupes d’extrême droite a augmenté de 400 % aux États-Unis, pour atteindre près de 540, souligne M. Juneau-Katsuya. Trois attentats planifiés contre le président ont d’ailleurs été déjoués par les services secrets américains depuis 2009.»

Les terroristes maison (homegrown terrorists) représenteraient d’ailleurs la principale menace qui pèse sur les États-Unis et sur le Canada. Pourtant, peu d’efforts seraient faits pour lutter contre cette problématique. «Les gouvernements investissent davantage pour lutter contre les mena­ces perçues que contre les menaces réelles, explique Christian Leuprecht, expert en terrorisme et professeur au Collège militaire royal du Canada. Ils ont un niveau de tolérance beaucoup plus élevé pour les menaces de toutes sortes que pour les menaces d’islamistes, qui font les manchettes et qui inquiètent davantage la population. Les gouvernements ont basé leur politique de sécurité sur ce que réclame la population plutôt que sur la documentation.»

Pour le chercheur de l’Université Laval et directeur d’une équipe de recherche sur le terrorisme et le contre-terrorisme Stéphane Leman-Langlois, les Américains font fausse route et accordent une attention démesurée à la prévention d’attaques terroristes. «La menace terroriste aux États-Unis est très faible, soutient-il. Le nombre d’Américains qui meurent chaque année aux quatre coins de la planète à la suite d’attaques terroristes représente environ le quart de ceux qui meurent après avoir été frappés par la foudre.»

Les ressources financières consacrées par les États-Unis à la lutte contre le terrorisme totalisent, depuis septembre 2001, 3 700 G$, selon l’Agence France-Presse. Les récents déboires budgétaires américains, liés au plafonnement de la dette, pourraient toutefois entraîner un ralentissement de ces investissements. «Nous entrons dans une ère d’austérité, indique l’expert en contre-terrorisme et auteur américain Daveed Gartenstein-Ross. Cela signifie que nous aurons moins de ressources à investir dans la lutte contre le terrorisme et que les menaces contre les États-Unis pourraient augmenter.»

Une réalité qui ne saurait déplaire à Stéphane Leman-Langlois. «Je suis convaincu que les gouvernements pourraient réduire de 90 % les sommes qu’ils investissent en prévention sans que les ris­ques d’attaques terroristes n’augmentent», affirme-t-il.


Des risques pour le 11 septembre?

Le 10e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001pourrait constituer une occasion en or pour les terroristes qui souhaitent mener une attaque contre le peuple américain. Peu d’experts croient toutefois que ce scénario se concrétisera. «Je ne crois pas qu’il y aura une attaque cette année, affirme Daveed Gartenstein-Ross, auteur du livre Bin Laden’s Legacy. Si j’avais à faire un pari, je dirais qu’il n’y aura pas d’attentat aussi sérieux que le 11 septembre 2001 avant au moins cinq ans.»

Le président Barack Obama a rassuré ses concitoyens. En tournée dans le Midwest à la mi-août, il a déclaré que les campagnes menées con­tre Al-Qaida en avaient fait une «organisation beaucoup plus fragile» et que le scénario le plus probable mettait dé­sor­mais en scène «un loup solitaire, quelqu’un qui est capable de mener un massacre à grande échelle avec seulement une arme, comme cela s’est passé en Norvège».

L’expert en terrorisme et professeur au Collège militaire royal du Canada Christian Leuprecht, croit également que le risque du loup solitaire demeure le plus recevable. «Pour des raisons in­expliquées, les inté­gris­tes continuent de choisir des cibles bien en vue ou symboliques, remarque-t-il. Cela a protégé les États-Unis contre plusieurs attaques depuis 2001 puisque ces cibles sont sous haute surveillance. Cette logique devrait préva­loir aussi pour le 11 septembre. Puisqu’il s’agit d’une date anniversaire importante, les autorités seront à l’affût.»

Et au Canada?
La principale menace terroriste qui pèse sur le Canada proviendrait de l’intérieur de ses frontières. Le niveau de risque serait toutefois peu élevé, selon les experts consultés par Métro. L’expert en terrorisme Christian Leuprecht met en doute la sévérité de la menace au Canada. «Le service de sécurité canadien dit qu’il fait de l’excellent travail parce qu’il n’y a pas eu d’atta­que terroriste au Canada, rappelle-t-il. Mais est-ce parce qu’il fait du bon travail ou tout simplement parce que la menace n’est pas aussi grande que le laisse croire le gouvernement?»

Questionné à savoir si la menace terroriste au Canada était plus ou moins élevée qu’aux États-Unis, le chercheur Stéphane Leman-Langlois n’y est pas allé par quatre chemins. «Les États-Unis sont proches du risque zéro; alors, qu’on soit au-dessus ou au-dessous, ça ne change pas grand-chose», soutient-il.

L’expert en contre-terrorisme et auteur américain Daveed Gartenstein-Ross croit tout de même que le Canada devrait porter davantage attention «aux groupes terroristes comme les Tigres Tamouls, qui sont déjà sur son territoire».

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