Famine en Somalie : «l'Occident doit réfléchir à une nouvelle façon de régler la crise»
Métro s’est entretenu avec Thomas Cargill, directeur adjoint du proÂgramme Afrique de Chatham House, un groupe de réflexion établi à LonÂdres. Selon ce spéciaÂliste de la politique africaine, le problème réside dans la distribution de la nourriture aux bonnes personnes, pas uniqueÂment dans la disponibilité de la nourriture.
En quoi cette crise est-elle différente des crises dont nous avons entendu parler par le passé?
La famine est provoquée par une sécheresse, évi-demment, mais elle est essentiellement attribuable au panorama politique de la Somalie. Une grande partie du pays est gouvernée par des seigneurs de guerre locaux et des groupes extrémistes qui empêchent l’aide alimentaire de parvenir à la population. Pour couronner le tout, certains pays, comme les États-Unis, sont accusés d’empêcher l’acheminement des vivres à la population par crainte d’aider les groupes radicaux. Jusqu’à maintenant, les États-Unis ont été prudents relativement à cette question. Le problème réside dans la disponibilité de la nourriture, mais aussi dans la distribution du peu de nourriture disponible aux bonnes personnes, aux personnes dans le besoin.
La situation est-elle meilleure dans la capitale, Mogadiscio, qui est contrôlée par le gouvernement fédéral de transition appuyé par les Nations unies?
Elle est légèrement meilleure, même si le gouvernement a du mal à assurer la cohésion du pays. Les rebelles du groupe islamiste Al-Shabab ne reconnaissent pas l’autorité du gouvernement fédéral de transition. Dans les régions conÂtrô-lées par Al-Shabab, la situation est bien pire maintenant. Les pays occidentaux donnent du financement pour la sécurité, mais ils ne sont pas populaires du tout en Somalie. Ils doivent faire preuve d’une prudence extrême quant à leurs méthodes d’intervention et à l’ampleur de leurs interventions. Ils doivent réfléchir à une nouvelle façon de régler la situation.
À la lumière de ces faits, comment pouvons-nous aider la Somalie?
Pour le moment, la meilleure façon d’aider consiste à soutenir une organisation non gouvernementale, mais à long terme, les Occidentaux devraient commencer à demander à leur gouvernement de faire des efforts pour trouver une solution politique concrète à la situation qui prévaut en Somalie. Les Somaliens ont besoin d’aide pour pouvoir trouver, seuls, l’option de gouvernance qui leur convient le mieux. L’Occident est trop occupé à intervenir dans d’autres régions du monde pour accorder suffisamÂment d’attention à la Somalie.