Arabie Saoudite: le cas de la cavalière Dalma Malhas

En début de semaine, les agences de presse de la planète ont fait circuler une information hallucinante : Dalma Malhas est qualifiée à Londres, elle sera la première Saoudienne à participer à des jeux olympiques.

Quand j’ai lu la dépêche, je n’en croyais pas mes yeux. Comment est-ce possible? En Arabie saoudite, au 21e siècle, dans l’un des pays les plus riches au monde, l’État pratique un apartheid institutionnalisé contre la partie féminine de la société.

Là-bas, les femmes sont obligées de sortir voilées dans la rue et d’être accompagnées par un tuteur qui marche devant elles et les surveille. Elles n’ont pas le droit d’avoir un permis de conduire une voiture, de voyager seules, de voter, de travailler ou de subir une intervention chirurgicale sans l’autorisation de leur mari ou de leur père.

Et dans le domaine du sport, c’est pareil. Les femmes sont encore interdites dans les gymnases et n’ont pas le droit de participer à des compétitions sportives publiques.

Du coup, l’Arabie saoudite n’a jamais envoyé d’athlètes féminines aux JO, comme le Qatar et Brunei. Le Qatar a cependant annoncé que trois femmes seraient présentes à Londres tandis que Brunei enverra une spécialiste du 400 m haies.

Une fois l’effet de surprise dissipé, j’ai sauté sur mon portable pour « googler » le nom Dalma Malhas. Autre surprise, j’ai découvert que Dalma est la seule et unique médaillée saoudienne dans une compétition internationale de l’histoire du pays. Oui, cette cavalière s’était déjà distinguée en gagnant en 2010 une médaille de bronze lors des premiers Jeux olympiques de la jeunesse à Singapour. Elle a pris part à l’épreuve de saut à obstacles individuel en équitation.

Quelques heures après l’annonce de la première dépêche, un autre article contradictoire tombe : Dalma Malhas, pressentie pour être la première Saoudienne à participer à des jeux olympiques, a finalement échoué à se qualifier à Londres (http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/765578/Saoudiennes_aux_JO_%3A_les_malheurs_de_Dalma.html). Mais il était trop tard. Le cas Dalma Malhas m’a intrigué au plus haut degré. Malgré tous les interdits wahhabites, comment une femme saoudienne a-t-elle pu devenir une sportive accomplie et une médaillée?

Alors, j’ai peaufiné ma recherche pour découvrir que Dalma est née en Ohio aux États-Unis d’un père palestinien et d’une mère saoudienne, qui l’a élevée seule en Arabie saoudite. La clé de l’exploit de Dalma est donc sa mère, Arwa Mutabagani, elle-même née de père saoudien et de mère italienne.

Arwa Mutabagani a certes été élevée dans une société hostile à la liberté de la femme, mais sa famille ouverte sur l’Occident appliquait un islam modéré à la maison. Grâce à ses séjours à l’étranger, Arwa est devenue une femme passionnée par les chevaux. Elle a bénéficié d’une expérience dans le milieu du concours hippique international. D’ailleurs, elle a créé les premiers clubs équestres du royaume, au début des années 1990.

À force de persévérance, le roi Abdellah a fini par nommer Arwa au sein du comité olympique saoudien en 2008. Ce qu’on pourrait pratiquement qualifier de l’acte fondateur vers la libération graduelle de la femme dans le royaume wahhabite!

Telle mère, telle fille, vient le tour de Dalma de faire avancer la cause des femmes saoudiennes. En 2003, voyant que sa fille Dalma, âgée de 12 ans à l’époque, démontrait des habiletés intéressantes comme cavalière, Arwa a décidé de s’installer avec sa fille chez sa mère en Italie. Elle a donné une chance à sa fille pour se perfectionner et continuer sa passion, ce qui n’aurait pas été le cas en Arabie saoudite. Sept ans après, Dalma a gagné une médaille à Singapour. À son retour au pays, Dalma a été félicitée par le roi en personne et a suscité l’intérêt de la presse locale.

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