Manger éthiquement: prêche-t-on pour les convertis?

Depuis quelques semaines, à peu près tous les journalistes qui écrivent sur l’alimentation (dont moi, ICI) ont mentionné la sortie du livre d’Élise Desaulniers Je mange avec ma tête – Les conséquences de nos choix alimentaires. Conscientisée depuis un moment déjà aux diverses conséquences de la production alimentaire industrielle, je lis présentement le livre d’Élise avec grand intérêt.

Très «grand public», son ouvrage est abondamment fouillé et agrémenté d’un grand nombre de notes de bas de page et autres références statistiques et bibliographiques. Il est loin d’être déconnecté de la réalité, au contraire, ou de faire dans le mélodrame extrémiste. La qualité du livre ne m’empêche pourtant pas de craindre que l’auteure ne prêche qu’auprès des convertis. J’ai bien peur que ce livre, quoi qu’essentiel et absolument d’actualité, ne soit qu’un coup d’épée dans l’eau.

Mais, j’espère tellement me tromper…

En lisant les commentaires laissés par les internautes sur les sites de divers médias, notamment sur le blogue de Marie-Claude Lortie qui parlait d’éthique alimentaire dans La Presse de samedi, ou en discutant autour de moi, je crains toutefois que la grande majorité des gens ne soient pas prêts à modifier leurs habitudes de consommation.

Les commentaires qu’on lit ou entend le plus: manger bio coûte trop cher et n’est pas à la portée de tous.

Que répondre à cela? Manger «bio» (ou disons plus éthique parce que bio n’est pas synonyme d’éthique et vice-versa) coûte plus cher, c’est vrai. Mais changer sa manière de consommer ne signifie pas seulement de remplacer un poulet «normal» contre un poulet bio dans son panier d’épicerie. Ça vient souvent, du moins ça le devrait, avec une certaine prise de conscience et  un désir de savoir comment ce poulet a été élevé, avec quelle nourriture il a été nourri, etc.

Manger «bio» coûte certes plus cher, mais quand on sait que les Canadiens ne dépensent que 9% de leur revenu pour l’alimentation alors que ce chiffre était de 20% dans les années 1960 et qu’il est de 15% dans des pays comme l’Italie et la France, il faut peut-être revoir ses priorités. Est-ce à dire que nous, les Canadiens, sommes «cheap» quand il est question de se nourrir? Choisissons-nous de nous nourrir de cette nourriture de piètre qualité qui nous est offert ou manquons-nous seulement d’information sur ce que contient réellement notre panier?

L’auteure Élise Desaulniers est beaucoup plus optimiste que moi et croit mordicus que le bouche à oreille est un puissant vecteur d’influence. Lorsque je lui ai demandé si elle avait peur de prêcher auprès des convertis, voici ce qu’elle m’a répondu:

«Les premiers lecteurs sont des gens déjà sensibilisés à la question, c’est sûr (vas-tu aller t’acheter un livre sur un sujet que tu ne connais pas déjà un peu?). Mais je réalise déjà que mes lecteurs en parlent autour d’eux. Une amie d’enfance m’a écrit pour me dire que sa soeur était en train de lire mon livre et qu’elles en avaient beaucoup discuté ensemble. J’ai donc un peu l’impression d’aider les «convertis» à poursuivre leur réflexion et à l’approfondir tout en permettant aux non-initiés autour d’eux de se mettre l’orteil dans l’eau.»

Alors, vous les convertis, à «Go», on se met tous au bouche à oreille pour aider Mme Desaulniers et ses semblables dans leur quête d’une industrie agro-alimentaire plus éthique!

Go!

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