Un rappeur saoudien!
N’écarquillez pas trop les yeux de stupeur, d’horreur ou d’étonnement, vous avez bien lu un rappeur saoudien. Il s’appelle Qusai Kheder et il nous vient d’Arabie saoudite, l’antre du wahhabisme.
Comment concevoir que dans ce pays où il n’y a pas de salles de cinéma et où la musique est presque interdite on puisse parler d’un rappeur? C’est ce qu’on peut appeler le paradoxe arabo-musulman.
C’est fou comme les sociétés arabes évoluent rapidement. Pourtant, en Occident, on se drape dans cette perception de l’exception arabo-musulmane. Là-bas, il n’y aura pas de modernité ni de révolution. N’empêche que les choses changent! Peut-être pas à la vitesse espérée, mais la société bouge. Sinon, pourquoi le printemps arabe aurait-il eu lieu?
Qui aurait pensé, il y a 20 ans, que l’Arabie saoudite exporterait un jour un rappeur? Oui, il est l’un des rares représentants de la scène rap et hip-hop de ce pays ultraconservateur. Mais ce n’est que le début. Dès son plus jeune âge, Qusai Kheder s’est passionné du rap. Il a créé un mélange de rap américain et de folklore du Hejaz, la région ouest de l’actuelle Arabie saoudite. Au début, il pratiquait en cachette, mais, en 1994, il est devenu le premier Saoudien à enregistrer un disque de rap. En 1996, afin de s’épanouir artistiquement, il s’exile aux États-Unis. En 2006, il revient dans son pays natal et créé son propre studio d’enregistrement à Djeddah, la deuxième ville d’Arabie saoudite.
En 2008, l’artiste devient l’un des présentateurs de l’émission Arabs Got Talent diffusée par la chaîne saoudienne MBC. Oui, une de télévision satellitaire qui incarne un autre paradoxe saoudien. À MBC, on chante, on danse et on fait l’apologie de l’art. Certes, les locaux de cette chaîne sont installés à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis et ses studios d’enregistrement sont situés au Liban. Qu’importe, grâce à MBC, Qusai Kheder, comme beaucoup d’autres artistes arabes, est devenu une vedette dans la région suivie par une dizaine de millions d’admirateurs.
Comme l’avoue Qusai, dans une interview accordée à l’AFP, en marge de son dernier concert à l’Institut de monde arabe à Paris, ce fondateur d’un genre musical bien particulier, c’est-à-dire le rap sans sexe ni violence, a réalisé l’impensable en s’autocensurant : «Nous n’avons ni la liberté d’expression, ni la liberté de parole, alors, quoi qu’on fasse, on s’impose des limites. Certains le font par peur, d’autres par respect. Moi, je le fais un peu pour les deux raisons».
Avec des sujets d’apparence édulcorée, il traite en filigrane les maux de la société saoudienne ceux des jeunes, du mariage, de l’emploi, etc. Qusai Kheder est devenu un phénomène social qui bouleverse les lignes rouges.
Rome ne s’est pas faite en un jour, et le printemps arabe, même s’il titube, prendra le temps qu’il faudra. Mais comme dirait l’autre : «Il est parti».
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