Haïti ou un second regard sur la République des ONG
Le reportage diffusé dimanche soir sur Haïti, à l’émission Second regard de RDI, a mis en lumière la gestion chaotique de la crise humanitaire engendrée par le séisme du 12 janvier 2010. L’impression générale qui en est ressortie est que tous les acteurs ont la satisfaction d’avoir fait ce qu’il fallait dans cette situation d’urgence qui perdure deux ans après la catastrophe.
Mais, comment justifier les 5 milliards de dollars qui auraient été dépensés, alors que le pays est encore sous les décombres et que 500 000 personnes vivent toujours dans des camps de fortune? À cette question, les organisations non gouvernementales qui ont géré l’essentiel de l’aide répondent que l’aide humanitaire a permis de sauver des vies.
On ne peut enlever aux organisations humanitaires le mérite d’avoir accompagné les centaines de milliers de victimes qui avaient besoin autant besoin d’eau traitée que de médicaments et de nourriture. Certaines d’entre elles ont essayé de justifier la gestion des millions recueillis lors des levées de fonds à travers le monde pour Haïti, en évoquant cette urgence d’agir durant la première année. On espérait que le bilan de l’an II après la catastrophe aurait été différent.
Les 10 milliards qui devaient être débloqués, à l’issue du Sommet des Nations unies sur la reconstruction semble avoir servi jusqu’à présent dans le saupoudrage d’une réalité qui a été compliquée par une épidémie de choléra, des catastrophes naturelles et d’autres «problèmes pressants». La réhydratation et la construction de latrines, qui ont représenté l’essentiel de la campagne des ONG contre le choléra, auront coûté très chères à la reconstruction.
J’ai trouvé amusant l’intervention de certains responsables d’ONG qui dénonçaient le fait que de nombreux pays n’aient pas respecté totalement leur engagement. Comment peut-on s’attendre au contraire devant un bilan si catastrophique? Le Canada est paraît-il le seul pays à avoir donné la totalité de l’aide promise.
En critiquant le travail des ONG, cela pourrait donner l’impression que toutes sont dans le même sac, alors qu’il y en a qui font un travail appréciable en Haïti depuis quelques années. Mais cette différence que nous faisons n’est pas la même sur le terrain où la frustration générale s’exprime contre toutes les ONG.