Comment créer une branche d’Al-Qaïda dans un pays arabe

Visionnez Tonnerre roulant sur Bagdad, et vous allez avoir droit, entre autres, au guide 101 pour créer une branche d’Al-Qaïda dans un pays arabe.

Ce film, écrit et réalisé par Jean-Pierre Krief pour le compte de la chaîne franco-allemande ARTE, nous offre un véritable regard croisé sur l’invasion de l’Irak telle qu’elle a été vécue par des Américains et des Irakiens, il y a 10 ans. Il nous offre aussi l’amère vérité sur les ravages causés par les Américains en Irak.

Dans ce documentaire, on le voit. Lors de l’invasion, l’administration Bush a tout fait pour botter le derrière de Saddam Hussein, mais sans plan pour gérer l’après-guerre. Pire, dans l’improvisation et dans l’urgence, les Américains se sont fiés aux conseils louches d’expatriés irakiens qui façonnaient leurs messages selon leur propre agenda.

Dès le début du deuxième volet du film, on comprend comment plusieurs hauts gradés et dignitaires irakiens sont passés rapidement du côté américain en échange de millions de dollars. Du jour au lendemain, l’armée et l’État irakiens se sont effondrés! Les soldats, les fonctionnaires et les travailleurs irakiens se sont retrouvés abandonnés à leur sort.

Pis, au lieu de protéger le pays anéanti, l’armée américaine a accumulé les bavures. Ses blindés protégeaient le ministère du Pétrole alors que les musées et le pays étaient laissés aux mains des pillards, malgré les appels à l’aide des citoyens.

Dans ce film, comme l’ont affirmé les journalistes Rémy Ourdan du quotidien Le Monde et Vincent Hugeux de l’hebdomadaire L’Express, on voit qu’avant de prendre en tenaille Bagdad, l’armée américaine n’a pris aucun risque. Elle a tué tout ce qui se trouvait sur son passage, notamment des civils! Les sept premiers mois de l’invasion, l’ONG Iraq Body Count a recensé au moins 7 000 morts civiles. Cette entrée fracassante a accru le sentiment de frustration des populations.

Puis est arrivé Paul Bremer, le monarque américain choisi par l’administration Bush pour gérer l’après-invasion. Dès son entrée en poste, il a pris trois décisions qui sont devenues une fabrique à insurgés de plus en plus radicaux.

Il a lancé l’éradication du parti Baas et des baasistes de la société irakienne, il a dissous purement et simplement l’armée irakienne et il a libéralisé l’économie jusque-là étatisée. Du coup, les trois sources d’emploi les plus importantes de l’Irak ont été fermées.
En un trait de stylo, Paul Bremer a mis au chômage 50 000 baasistes, 400 000 soldats et des centaines de milliers de fonctionnaires et de travailleurs.

Avec le chômage de masse et les morts civiles par milliers dans un climat d’humiliation, d’arbitraire et de chaos, les Américains sont passés de libérateurs à occupants. Les Irakiens ont été poussés vers l’insurrection. En embuscade, Al-Qaïda n’attendait que ce faux pas pour sévir.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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