La nuit où le Maroc a vacillé
Le 30 juillet dernier, à l’occasion du 14e anniversaire de son intronisation, le roi du Maroc paraissait apaisé et en total contrôle de sa destinée.
Là-bas, la gouvernance est médiocre et les disparités économiques et sociales sont flagrantes, car les mécanismes de redistribution de la richesse sont corrompus. Pourtant, le roi jouit d’un capital de sympathie confortable. Pour la majorité des Marocains, la monarchie est le socle du pays. Cette image contraste avec le chaos qui secoue la région.
À l’occasion de cette fête du trône, Mohammed VI a gracié des Espagnols qui purgeaient leurs peines dans des geôles du royaume. Parmi eux, un dénommé Daniel Galvan, un pédophile qui a volé l’innocence de 11 enfants marocains. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Le peuple a pris d’assaut les médias sociaux pour hurler son dégoût.
Dans un triste réflexe sécuritaire hérité du passé sombre du pays, les médias officiels ont boudé l’information. Médiocre, artificielle et sans crédibilité, la classe politique a été fidèle à sa réputation. Elle s’est éclipsée.
Face à ce mutisme complice, plus le temps passait, plus la colère populaire grondait. Spontanément, Monsieur et Madame Tout-le-Monde ont envahi les rues des grandes villes du pays. Le Danielgate venait d’éclater!
Alors qu’elles auraient dû respecter cet élan de solidarité civique et le protéger, les forces publiques ont chargé la foule avec férocité, blessant plusieurs honnêtes citoyens. Au lieu de capituler, la rue a rugi. Le temps d’une nuit, la stabilité du royaume a volé en éclats.
Cette nuit, le spectre de Mohammed Bouazizi, celui qui a déclenché le Printemps arabe, a hanté le royaume. Comme ce 17 décembre 2010, où ce jeune marchand de fruits et de légumes tunisien s’est immolé par le feu pour dénoncer ses conditions de vie misérables, le Maroc allait-il sombrer?
Larguée par les politiques, les médias officiels et les forces publiques, la monarchie s’est retrouvée dans un choc frontal avec le peuple. Comme au lendemain du Printemps arabe, Mohammed VI a pris de court tout le monde. Pour la première fois de l’histoire du royaume, le palais royal a publié une série de communiqués pour s’expliquer directement devant le peuple. Tour à tour, le roi a reconnu l’erreur, diligenté une enquête, annulé la grâce royale, révoqué le directeur de l’administration pénitentiaire et ordonné le lancement d’un mandat d’arrêt international.
Daniel Galvan est sous les verrous dans l’attente de son improbable extradition d’Espagne. Apaisé, mais secoué, le peuple réclame des comptes et des excuses. Qui a donné l’ordre de tabasser d’honnêtes citoyens? Pourquoi le chef du gouvernement et son ministre responsable de la sécurité se sont-ils laissés court-circuiter sans réagir? Qui gouverne
ce pays?
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas