Niqab ou pas, telle est la question…

Photo: Getty

Toute règle a ses exceptions. Ainsi, si porter le niqab est permis dans les tribunaux anglais, témoigner revêtu du voile intégral reste interdit. Même au royaume du multiculturalisme, il y a des limites…

Le juge Peter Murphy l’a encore rappelé le mois dernier: «Le niqab est devenu un éléphant dans une salle d’audience.» Le magistrat de sa majesté a certes permis à une musulmane de 22 ans de se présenter devant un tribunal londonien entièrement voilée, mais pas à la barre des témoins. Il a expliqué son jugement à la Salomon avec ces mots: «Aucune tradition ou pratique, qu’elle soit religieuse ou autre, ne peut revendiquer une position privilégiée…»

Il n’en fallait pas plus pour relancer le débat sur le port du voile intégral dans un pays comptant près de trois millions de musulmans (moins de 5% de la population, contre 7,5% en France et 2% au Canada).

«Il y a eu une énorme couverture médiatique du sujet […] La dame qui refusait d’enlever son voile au tribunal avait sur son profil Facebook plein de photos d’elle sans voile», rappelle, dans un échange de courriels, Hollie Leandro-
Edwards, du Independent (quotidien de gauche).

Contrairement à la France, la Grande-Bretagne n’a voté aucune loi bannissant le voile intégral dans l’espace public, même si deux Britanniques sur trois sont favorables à une telle interdiction.

David Goodhart estime qu’il est temps de mettre fin à ce «modèle du laisser-faire qui accepte un haut degré de séparatisme culturel» (échange de courriels).

Cet intellectuel britannique de gauche ne va pas jusqu’à demander l’exclusion du niqab dans la rue, comme l’a encore réclamé le mois dernier Philip Hollobone, un député conservateur. «Il faut le bannir dans les tribunaux, les hôpitaux, etc.», rappelle Goodhart, auteur de The British Dream, un livre sur les succès et échecs de l’immigration dans son pays.

Même si le premier ministre, David Cameron, a déjà admis que le multiculturalisme britannique avait «encouragé différentes cultures à mener des vies séparées, loin les unes des autres et loin de la majorité des gens», pas question de légiférer sur les tenues vestimentaires.

Surtout, dit-on, que moins de 200 personnes se promènent tous les jours en niqab dans les rues de Londres. La plupart seraient de riches touristes arabes du Golfe. Elles ne font plus leurs emplettes en France depuis l’interdiction du voile intégral il y a deux ans.

La Grande-Bretagne aime proclamer sur tous les toits sa grande tolérance à l’égard de sa minorité musulmane. Elle a raison. Aussi, quand la direction d’un collège de Birmingham, deuxième ville anglaise, approuva l’interdiction du port du voile intégral pour des raisons de sécurité, la montée aux barricades fut immédiate. Le recul de l’établissement aussi. So british!

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