La laïcité au bout de la matraque
Depuis le début du XXe siècle, certains pays musulmans ont goûté à la laïcité par la matraque, tantôt par des révolutionnaires précoces, tantôt par des envahisseurs.
Dans les années 1920, Mustafa Kemal imposa à sa Turquie la laïcité et l’occidentalisation au pas militaire. Atatürk a plongé son pays dans la dictature pour le moderniser et éradiquer l’islam!
La création des Frères musulmans en Égypte, l’ancienne colonie turque, et la propagation de leur idéologie ont été une réaction au modèle d’Atatürk et à la «prolifération» des intellectuels arabes «contaminés» par la modernité dans les universités occidentales.
Plus tard, Gamal Abdel Nasser et ses Officiers libres ont laïcisé l’Égypte par la force sur le modèle communiste. Des vidéos sur YouTube immortalisent ses discours endiablés tournant en bourrique les islamistes en heure de grande écoute.
Gamal Abdel Nasser incarnait l’image du socialisme et du panarabisme. Il galvanisait la jeunesse arabe pour combattre l’impérialisme américain. Dans cette euphorie, les partis Baath en Syrie et en Irak ont imposé des républiques laïques calquées sur l’URSS.
Même Kadhafi, un autre soldat arrivé au pouvoir par un putsch, a greffé par la peur à sa Libye une copie piratée de la laïcité. C’était aussi le cas en Afghanistan quand l’Union soviétique a envahi ce pays pour soutenir un régime communiste.
En Iran, après avoir renversé Mohammad Mossadegh, un président élu, démocrate et laïc, les Américains et les Anglais ont mis sur le trône un empereur. Le Shah, par la terreur et la torture, lança une compagne pour occidentaliser de force l’Iran.
Tout récemment, en 2003, sur la base de l’un des plus grands mensonges de l’ère moderne, George W. Bush a juré d’instaurer une démocratie rayonnante en Irak et d’exporter son modèle dans le grand Moyen-Orient.
Moins d’un siècle après, le parti islamiste AKP est au pouvoir en Turquie. Son PM, Recep Tayyip Erdoğan, jouit d’une popularité au zénith. Il a même réussi l’annulation des lois anti-hijab.
Pis, l’Iran est l’otage des Ayatollahs. En Irak, la folie de Bush a ouvert la première succursale de Ben Laden à Bagdad. En Égypte, les Frères musulmans ont gagné les seules élections démocratiques organisées dans ce pays depuis le temps des Pharaons. En Syrie, on assiste à l’une des montées les plus rapides d’une branche d’Al-Qaïda dans la région. Et en Libye, les islamistes risquent d’imposer une vision rétrograde de l’islam.
Cette laïcité par la matraque a cru gober d’un trait quatorze siècles d’islam. Elle a sous-estimé l’ancrage de l’islam dans ces sociétés traditionnelles. La colère des peuples couvait. Elle est devenue un terreau fertile pour les islamistes.