Faiseurs d’opinions, rigueur et diversité!

Dans nos médias, une armée de faiseurs d’opinions influence le public. Faut-il la croire? Et représente-t-elle la diversité de notre métropole?

Dans un monde instable et plein d’incertitudes, le public a peur et ne sait plus où donner de la tête. Sans recouper l’information, il cherche désespérément une réponse simple pour comprendre des sujets complexes de l’actualité.

Dans une course sans merci aux parts de marché, les patrons des médias lorgnent le faiseur d’opinions qui donne des coups de poing, crée la controverse et fait réagir le public. Et le public mord à l’hameçon. Plus il réagit avec acharnement à la controverse, plus son instigateur est crédible aux yeux de ses patrons. Il devient carrément le patron de ses patrons!

Pourtant, un chroniqueur devrait démontrer plus d’incertitude car, dans la vraie vie, la vérité n’est pas aussi limpide. Hélas, si le chroniqueur est pondéré, on ne l’invite pas et sa voix se perd dans la bataille du poids médiatique! Les patrons donnent ainsi une crédibilité à celui qui achète des parts de marché. Et la rigueur journalistique s’en trouve de plus en plus piétinée.

Pis, les trois quotidiens montréalais payants de langue française emploient une centaine de chroniqueurs. La plupart de ces faiseurs d’opinions monopolisent les ondes des radios et des télés locales. Leur presque totalité est québécoise blanche «de souche».

Chez ces faiseurs d’opinions influents, les minorités sont pratiquement invisibles même si elles représentent 32 % de la population de notre métropole. Dans ce lot, on recense un seul Noir; pourtant, les noirs représentent 9 % des Montréalais. Et ne cherchez pas de Maghrébins, même s’ils constituent presque le quart des nouveaux arrivants.

Certes, l’absence de diversité des chroniqueurs n’implique pas l’absence de diversité des opinions. Par exemple, dans le débat sur le voile, des chroniqueurs-vedettes comme Patrick Lagacé ont défendu la minorité visée.
Là où le bât blesse, c’est sur le plan du fossé entre la diversité des voix et l’apparence de cette diversité, car le public s’identifie aux visages des chroniqueurs.

Dans des débats de société cruciaux, les Blancs «de souche» du Québec échangent virilement entre eux dans leurs forums très médiatisés. Les ethnies de Montréal, elles, se sentent comme des invités non désirés dans ces débats. Elles migrent alors vers d’autres forums souterrains pour échanger avec leurs semblables. On se retrouve avec des solitudes de forums cloisonnés.

Un débat social implique la rigueur et la cohabitation. Hélas, nos faiseurs d’opinions ne sont pas représentatifs de notre diversité, et les plus controversés parmi eux ont la cote.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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