Jamais sans ma sœur!
On le savait, la Syrie est l’attraction fatale pour les apprentis djihadistes venus d’Europe. Mais le fait qu’ils soient mineurs et que des filles fassent partie du lot, ce sont les grandes surprises de 2014.
Ce jeudi 13 février, en regardant le téléjournal de France 2, je ne m’attendais pas à découvrir un documentaire à ce point bouleversant. Dans «Jamais sans ma sœur», les reporters Anne-Charlotte Hinet et Bruno Girodon filment les péripéties d’un frère parti en Syrie – et attachez vos tuques – chercher sa sœur devenue djihadiste.
C’est l’histoire de Nora, une adolescente normale d’à peine 15 ans. Cette lycéenne sans histoire, du jour au lendemain, s’est envolée vers la Syrie pour participer à la guerre «sainte».
Comme toutes ces familles européennes désemparées qui ont vu un de leurs enfants partir au combat, les parents de Nora ont été stupéfaits d’apprendre sa fuite vers un pays en guerre. Anéanti, Fouad, son grand frère, a décidé de partir lui aussi pour tenter de la retrouver à des milliers de kilomètres du nid familial.
Dans le reportage, on comprend comment l’entourage de l’adolescente n’a rien vu venir. Tout s’est fait rapidement par internet, en quelques semaines. Sur son Facebook, elle tient un langage violent et exhibe sa dernière preuve de vie, une photo d’elle entièrement voilée.
C’est à la fois émouvant et déchirant de voir les échanges qu’ont eus Fouad avec sa sœur Nora durant l’enquête.
Fouad est convaincu qu’on a manipulé sa petite sœur. De Marseille à Hatay en Turquie, à 40 km de la Syrie, il n’a qu’une obsession, traverser la frontière et récupérer Nora, coûte que coûte. Seul, mal préparé et avec peu d’argent, Fouad est désemparé de se sentir si proche de sa sœur et si loin à la fois. L’angoisse est totale.
Le moment le plus troublant du reportage est cet échange téléphonique entre Fouad et un autre français qui est présenté comme un combattant islamiste, responsable du groupe des Français de Syrie. Cette conversation à elle seule explique l’absurdité et l’outrage de la situation.
Fouad s’était juré de ramener sa petite sœur au bercail, mais il fini par rebrousser chemin le cœur brisé, sans elle. Comme le rappelle la narratrice de l’enquête, depuis le début du conflit, 600 Français seraient déjà partis en Syrie dont 6 mineurs. 21 ont déjà trouvé la mort.