L’arnaque
Quand on est au pied du mur, qu’il s’agisse d’acheter une voiture ou d’élire son député, plus on est informé, plus on est roulé dans la farine.
La scène est digne d’un opéra. Il y a presque 16 ans, je m’apprêtais à acheter ma première voiture. Dans mon ancienne planète, c’était la jungle, l’ancêtre des H. Grégoire et des Auto Prix de ce monde!
Courtiers, vendeurs et acheteurs avaient élu domicile dans un café planté dans une zone isolée du centre-ville. Une véritable salle des ventes. Le stationnement public avait les allures d’une salle d’exposition.
Dès qu’un quidam se pointe le bout du nez, la meute le scrute. Dans leurs regards, le grand bouffon prêt à se faire plumer entre en scène. Les clins d’œil s’échangent à la vitesse de l’éclair! On n’y voit que du feu!
Puis, le grand jeu se déploie. Une sentinelle sonde le pigeon : «Êtes-vous acheteur ou vendeur?» Dès que les premières syllabes de sa réponse sont prononcées, il est pris au piège et sera plumé vif!
S’il est acheteur, la meute rapplique et jauge sa proie. Une fois devant un véhicule, s’il esquisse ne serait-ce que le début d’un intérêt, il est cuit! De faux acheteurs embarquent dans une mise aux enchères truquée.
Ils commencent par le bousculer physiquement et feignent de prendre avance sur lui auprès du vendeur. Ils augmentent leurs offres. Sa tension monte et quelqu’un lui chuchote au creux de l’oreille : «Si j’étais vous, j’aurais sauté sur l’occasion du siècle!» Piégé, il essaie de jouer du coude. Il offre plus! Au bout de quelques minutes, le quidam se retrouve avec une voiture achetée plus qu’elle ne vaut réellement. Trop tard.
Si le pigeon est vendeur, la meute encercle son véhicule et commence par le dévaloriser. Elle sort le grand jeu. La marque a mauvaise presse, ses défauts sont légendaires, et ses ratés sont énumérés malicieusement à haute voix.
Quand le vendeur annonce son prix de vente, il est aussitôt taillé en pièces. Les rares clients potentiels s’éloignent. L’étau se resserre. La peur le ronge. Là, une voix lui chuchote au creux de l’oreille : «Si vous baissez votre prix, j’ai votre acheteur!» Il s’effondre et vend au prix dicté.
Depuis la nuit des temps, le monde a été forgé sur le modèle du marché de dupes. La personne dans le besoin est le dindon de la farce. Elle achète au prix fort ce qu’elle croit être l’aubaine du siècle. Ou elle vend à perte avec l’intime conviction d’avoir sauvé les meubles!
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.