Richard Martineau, bienvenue dans le monde du réel
Après la débâcle du 7 avril, plusieurs défenseurs de la charte péquiste ont fini par découvrir le pot aux roses. À leur tête, le chroniqueur Richard Martineau.
Quand j’ai lu Confessions d’un cocu, l’une de ses deux chroniques de la fin de semaine, Richard Martineau m’a paru comme Néo dans la magistrale trilogie The Matrix des frères cinéastes Wachowski.
L’une des scènes cultes de ce film, je l’ai revu un nombre incalculable de fois, car elle avait quelque chose d’à la fois poétique et révélateur sur notre réalité, celle de citoyens manipulés et roulés dans la farine à longueur de journée.
Dans cette séquence, Thomas Anderson alias Néo, le personnage magnifiquement incarné par Keanu Reeves, a fini par accepter la pilule rouge tendue par Morpheus, le rôle superbement porté au grand écran par Laurence Fishburne.
Quand Néo s’est réveillé du monde imaginaire, son mentor l’a accueilli par la phrase «Bienvenue dans le monde du réel». Néo a fini par découvrir que ce qu’il croyait être le monde n’était qu’une matrice universelle. Omniprésente, il la voyait depuis sa fenêtre, à la télévision, dans la rue, partout. Il ressentait sa présence au travail, à l’église ou quand il payait ses factures. Elle est le monde qu’on superposait à ton regard pour l’empêcher de voir la vérité: il est né esclave enchaîné dans une prison pour son esprit.
Comme tous ceux qui aiment se sentir bercé dans le rêve d’Alice au pays des merveilles, même devant l’évidence de la vérité, l’esprit de Thomas Anderson a résisté avant de reconnaître le réel. Pareil, dans notre vraie vie, certains citoyens ne sont pas prêts à être débranchés de la matrice. Ils sont tellement inconscients et désespérément dépendants du système qu’ils vont jusqu’à se battre pour le protéger.
La trilogie The Matrix est une excellente analogie pour démystifier notre récent débat sociétal douloureux. Le projet de charte n’est pas le problème. Comme les quatre candidates maghrébines exhibées par le PQ, plusieurs honnêtes citoyens ont défendu bec et ongles ce projet de loi 60, alors qu’ils étaient instrumentalisés.
Malheureusement, ce qui devait être un débat national fondamental, démocratique et respectueux de tous, s’est transformé en une véritable machine à siphonner le vote dans l’optique d’un futur choc avec Ottawa.
Depuis l’été dernier, nous étions plusieurs à dénoncer désespérément le complot derrière ce projet de loi 60. Heureusement, une grande partie des Québécois ont fini par se débrancher de la matrice. Bienvenue dans le monde du réel!