La rage au clavier
La rage au volant enflamme l’actualité car ses victimes sont réelles, alors que la rage au clavier sévit impunément sur les médias sociaux.
Certes, dans l’affaire Gab Roy, par exemple, la rage au clavier devient visible avec des victimes en chair et en os. La preuve que les médias sociaux sont devenus un espace de jeu sans foi, ni loi. C’est le Far West.
Ce n’est plus juste dans les recoins glauques de la toile où des faibles, cachés derrière des pseudonymes, passent leur temps à s’intimider les uns les autres. Les assaillants utilisent désormais leurs propres noms et leurs photos dans ces joutes dites civilisées.
Déjà, en 2012, le printemps érable et l’élection qui a porté Pauline Marois au pouvoir ont produit leur lot de débats houleux sur Facebook et Twitter. Même si les propos étaient virtuels, les conséquences étaient réelles.
C’était aussi le cas durant le mélodrame de la charte de la laïcité et notre récente élection du 7 avril. Même pour un sujet aussi noble, crucial et vital pour notre société, les voyous du net ont sévi.
Visitez les pages Facebook officielles de certains anciens ministres ou politiciens, vous allez vous rendre compte que monsieur et madame Tout-le-Monde se révèlent des énergumènes infréquentables.
Durant n’importe quel débat, des non-vérités sont colportées par les amis Facebook de ministres et autres responsables politiques en totale impunité. Des faussetés et des commentaires haineux, xénophobes, etc., sont publiés sans modération.
Je sais qu’un ministre ou un politicien délègue à ses troupes le soin de gérer ses comptes Twitter et Facebook, mais il en est responsable moralement. D’ailleurs, nous sommes tous responsables de cette tolérance face aux dérapages.
Dans la vraie vie, lors d’un débat, on ne se tape pas dessus. On argumente et on essaie de comprendre. On peut discuter passionnément sans être ni vulgaire, ni vindicatif. Souvent, de ses séances passionnées, la lumière jaillit avec son lot d’amitiés intellectuelles.
Dans le Far West du web, certains usagers passent directement à l’attaque féroce. Il suffit de dire le contraire de ce qu’ils pensent, pour se faire passer à tabac virtuellement. Comme à la guerre, quelqu’un ayant une opinion différente est automatiquement considérée comme un ennemi. Il faut le terrasser par tous les moyens, notamment l’intimidation.
Certains plaident la liberté d’expression, d’autres pointent du doigt l’inconscience de certains usagers de ce Far West du web. Dans la foulée, les agressions sur les réseaux sociaux sont de plus en plus punies.
Les réseaux sociaux sont là pour rester. Il faut les policer. Des efforts d’éducation, de sensibilisation et de surveillance sont devenus urgents. Il est temps de réfléchir à une politique de prévention dans nos médias sociaux, sinon, le pire est à venir.