Chalk River, mille fois trop risqué
Le ministre des Ressources naturelles du Canada, Gary Lunn, a renvoyé la présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), Linda Keen, sous prétexte que cette dernière manquait de leadership.
Le rôle de la CCSN est de surveiller la sécurité des installations et du matériel nucléaire civil au Canada. Son mandat prévoit que cette commission doit «protéger la santé, la sûreté, la sécurité et l’environnement».
Le différend qui oppose le ministre Lunn et l’ex-présidente Keen entoure le redémarrage du réacteur nucléaire de Chalk River en Ontario. Ce réacteur produit des isotopes radioactifs utilisés pour des tests en médecine et fournit la majorité des isotopes dans le monde, un marché très lucratif, notamment auprès des États-Unis.
Or, le réacteur de Chalk River avait besoin de rénovation notamment au niveau des, systèmes de sécurité. En 2005, l’organisme responsable du développement et de la promotion du nucléaire au Canada, Énergie atomique du Canada Limité (EACL), a menti en affirmant à la CCSN que ces systèmes avaient été installés!
Lorsque la CCSN a découvert la vérité, celle-ci a fait de l’installation de ces systèmes de sécurité une condition essentielle pour l’obtention du permis de fonctionnement de cette centrale. En novembre dernier, ces systèmes n’étant toujours pas en place, la CCSN a donc ordonné la fermeture. Le gouvernement conservateur est alors intervenu avec l’adoption d’une loi spéciale, contournant la CCSN, en affirmant que les fameux systèmes de sécurité n’étaient pas nécessaires.
Devant un comité de la Chambre des communes cette semaine, Mme Keen a démontré que le réacteur de Chalk River était 1 000 fois plus risqué que ce qu’autorisent les normes internationales en matière de sécurité… Et qu’elle n’a fait que son travail, c’est-à-dire «protéger la santé, la sûreté, la sécurité et l’environnement». De plus, même avec l’installation des systèmes de sécurité, si cette centrale devait être construite aujourd’hui, elle n’obtiendrait pas les permis nécessaires.
Il est clair qu’entre la sécurité de la population canadienne, la protection de l’environnement et la protection des parts de marché d’EACL, le gouvernement de Stephen Harper a choisi EACL. Je dois avouer que ça ne me surprend plus.