Agression sexuelle : le choix de porter plainte

Desjardins Josianne - TC Media
Les victimes d’agression sexuelle qui veulent briser le silence pourront désormais participer à un atelier sur le système judiciaire afin de faire un choix, celui de porter plainte ou non.

C’est l’organisme Trêve pour elles, situé dans Mercier—Hochelaga-Maisonneuve, qui organisera une première séance d’information destinée aux femmes âgées de 18 ans et plus dans ses locaux d’ici la fin de l’année. Deux autres rencontres devraient suivre au cours de l’année 2013.

Les nombreuses campagnes de sensibilisation pour dénoncer les actes à caractère sexuel ont eu leur effet. Les femmes sont de plus en plus incitées à passer à l’acte.

« Elles ressentent une pression, mais elles manquent d’information, nuance Isabel Fortin, intervenante à Trêve pour elles. Elles doivent être au courant de plusieurs aspects, comme le fait qu’elles ne pourront pas choisir leur avocat, contrairement à l’accusé ».

En effet, lorsque la plainte est déposée, la police fait une enquête. Si les preuves sont suffisantes, le procureur général peut décider de déposer un ou plusieurs chefs d’accusations contre l’accusé (l’agresseur). Il désigne ensuite un avocat de la Couronne qui représente les intérêts de la plaignante (la victime).

Les deux côtés de la médaille

Les femmes qui veulent entreprendre des procédures judiciaires doivent se préparer mentalement à vivre l’un des deux scénarios possible: obtenir gain de cause ou le perdre.

« La personne doit être solide dans son cheminement. Il y a beaucoup d’inconnus et d’attente. C’est difficile à prouver une agression. Souvent, il n’y a pas assez de preuves et on ne peut pas poursuivre », avertit Mme Fortin.

C’est pourquoi les femmes victimes d’agression sexuelle doivent prendre une décision éclairée en toute connaissance de cause, spécifie Mme Fortin.

L’organisme se sert d’un tableau comparatif pour expliquer les avantages et les inconvénients d’entamer des procédures judiciaires. En voici quelques exemples :

-Avantages : agir concrètement et poursuivre la démarche jusqu’au bout.

Inconvénients : les procédures peuvent être longues, pénibles et demander beaucoup de temps et d’énergie. Revivre les émotions difficiles. Prolonger l’agression, le cauchemar, le stress.

-Avantages : être crue et soutenue par l’entourage et le système judiciaire.

Inconvénients : ne pas être crue, se sentir isolée et rejetée. Détérioration des liens avec l’entourage.

-Avantages : l’agresseur a un casier judiciaire.

Inconvénients : les sentences sont souvent très légères. Sentiment d’injustice, d’inégalité et d’avoir entamé les procédures pour rien.

En plus de mettre sur pied ce nouvel atelier, l’organisme offre déjà des services de relation d’aide et d’encadrement. Il organise aussi des formations thématiques, telles que sur les conséquences de l’agression, la confiance et la colère. Trêve pour elles donnera bientôt une conférence aux élèves de l’École Louise-Trichet, située dans Mercier.

Le nouveau projet a été rendu possible grâce à l’appui de la Fondation Epiderma, qui a remis un chèque de 3 144 $ à l’organisme en septembre.

Plus de 500 femmes bénéficient des services de l’organisme chaque année.

Au Québec, seulement 10 % des cas d’agression sexuelle sont déclarés à la police, selon le Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS).

En bref

-57% des femmes ayant fait appel aux services de l’organisme ont subi de l’inceste

-75% ont vécu plus d’une agression à caractère sexuel

-34% sont âgées de 45 ans et plus

(Source: Rapport annuel 2011-2012 de Trêve pour elles)

Pour information: 514 251-0323 ou www.trevepourelles.org

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