Des obstacles au développement des bambins angevins

Tranchemontagne Daphnée - TC Media
Dans un rapport commandé pour le Regroupement des organismes et des citoyens et citoyennes humanitaire d’Anjou (ROCHA), le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Pointe-de-l’Île, dresse le portrait de la réalité des enfants âgés de 0 à 5 ans dans l’arrondissement Anjou.

Dans ce document, on apprend notamment que 10,5% des familles angevines vivent sous le seuil de la pauvreté, après impôts, comparativement à 16,6 % des familles montréalaises. Lorsque l’on se penche sur la population des enfants âgés de 0 à 5 ans, le taux augmente à 24, 5 % à Anjou, contre 29,7 % à Montréal.

Bien que la situation économique soit favorable à Anjou, il n’en demeure pas moins que 44 % des naissances se concentrent dans des secteurs allant de « défavorisés » à « très défavorisés ». Cette réalité s’accentue dans le secteur du Bas-Anjou où la proportion grimpe à 50 %. Trois zones ont été identifiées comme étant des « poches » de pauvreté, soit la place Chaumont et les secteurs Joseph-Renaud et Wilfrid-Pelletier.

Toutefois, ces données doivent être nuancées, estime Rémy Berthelot, organisateur communautaire au CSSS de la Pointe-de-l’île.

« Faire un portrait des 0 – 5 ans, c’est bien, mais il faut aussi remettre les données dans leur contexte. Il n’y a pas nécessairement de relation entre la pauvreté et le taux de natalité. Une famille peut vivre dans un quartier défavorisé sans nécessairement être elle-même défavorisée. L’enfant peut vivre dans un milieu aisé même s’il réside dans un milieu défavorisé », nuance-t-il.

À Anjou, on dénombre également un plus grand nombre de naissances prématurées et de nouveau-nés de faible poids (c’est-à-dire qui pèsent moins de 2500 grammes) que dans l’ensemble de Montréal (voir tableau).

Profil des mères

Le profil des mères angevines se démarque de celui des mères montréalaises. Celles-ci sont majoritairement plus âgées que la moyenne Montréalaise. Par exemple, sur l’ensemble de l’île, 41% des mères ont moins de 30 ans, contrairement à 34,8% dans le secteur du Bas-Anjou et de 36,5 % dans le quartier Jean-XIII. Pour le groupe des 30 – 34 ans, la moyenne montréalaise est de 35,3 % tandis que dans les deux secteurs angevins, ces proportions sont de 41,8 % et de 40,9 % respectivement.

À Anjou, la proportion de mères cumulant moins de 12 ans de scolarité (c’est-à-dire qui ne détient pas de diplôme d’études secondaires) est également plus élevée que sur l’ensemble du territoire montréalais (28 % pour le Bas-Anjou, 24,8% pour le secteur Jean-XXIII contre 25,8 % à Montréal).

M. Berthelot souligne que ces données peuvent être significatives quand on parle de la santé et du développement des bambins.

« Plus la mère est âgée, au moment de la naissance, plus il y a de risques que le nouveau-né soit de faible poids. D’un point de vue sociologique, il a également été démontré que moins on était éduqué, plus les risques de présenter des problèmes de santé étaient grands. C’est tout simplement parce que les gens manquent d’information ou ne savent pas où aller la chercher », explique M. Berthelot.

Mieux connaître pour mieux agir

Ce rapport n’a pas été commandé pour orner les tablettes et ramasser la poussière. En effet, le ROCHA compte bien s’en servir afin de mieux cibler ses actions.

« En concertation famille, nous avons besoin de nous baser sur des statistiques pour mettre en place des projets qui répondent vraiment au besoin des jeunes familles. Ce document nous permet de constater qu’il y a une évolution des phénomènes d’immigration, de victimisation, de pauvreté à Anjou », fait valoir Sophie Trolliet, agente de mobilisation et de développement au ROCHA.

Bien que ces données ne soient pas issues d’une nouvelle étude (le rapport s’appuie notamment sur des données des recensements 2001 et 2006), c’est la première fois qu’elles sont toutes regroupées dans un seul et même document.

« On a vraiment rassemblé toutes les données, que ce soit celles de la Direction de la Santé publique, des CLSC, etc. Ça offre donc un portrait global », estime-t-elle.

Selon M. Berthelot, ce rapport permet de quantifier une tendance qui se remarque depuis quelques années.

Naissances à Anjou

Nouveau-nés de faible poids (naissance simple) – Montréal : 4,5 % – Bas Anjou : 5,7 % – Jean-XIII : 4,5 % Nouveau-nés de faible poids (naissances multiples) – Montréal : 5,9 % – Bas Anjou : 7,4 % – Jean-XIII : 5,7 % Nouveau-nés prématurés (naissance simple) – Montréal : 5,9 % – Bas Anjou : 7,9 % – Jean-XIII : 5,8 % Nouveau-nés prématurés (naissances multiples) – Montréal : 7,3 % – Bas Anjou : 9,9 % – Jean-XIII : 6.3 % (Source : Direction de santé publique de Montréal)

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