Une goutte d’eau à la fois
Sociologue de formation, M. Guercy a plutôt décidé de revêtir l’uniforme policier pour combattre les injustices sociales. Depuis maintenant huit ans, il sillonne les rues du quartier Saint-Michel, où il côtoie, au quotidien, la pauvreté, l’injustice et la discrimination.
Il y a quelques années, il a été interpellé par un jeune qui déplorait le manque de ressources. Faute de places dédiées aux adolescents, plusieurs d’entre eux flânaient à la station de métro Saint-Michel, augmentant le sentiment d’insécurité de la population.
« La Société de Transport de Montréal (STM), en collaboration avec le Service de police de Montréal (SPVM) a fait de la prévention. Par la suite, nous sommes passés en mode répression. Un constat d’infraction, c’est 118 $. Quand on sait qu’à Saint-Michel, 40 % de la population vit sous le seuil de la pauvreté, 118 $, ça représente beaucoup dans un budget », soutient-il.
Vaincre la violence par la violence!
Le policier, qui pratique lui-même la boxe amateur, a décidé d’implanter un club de boxe pour occuper les temps libres des jeunes et ainsi, éviter qu’ils ne sombrent dans le milieu des gangs de rue.
« J’ai travaillé dans les pénitenciers fédéraux et j’ai toujours trouvé dommage qu’on ait un si haut taux de récidivistes. Les gens qui entrent dans le système sont institutionnalisés et souvent, ils y retournent. Maintenant, en étant policier, je peux travailler en amont en faisant de la prévention », explique-t-il.
Le projet a failli ne jamais voir le jour. Au départ, certaines personnes craignaient une recrudescence de la violence, faisant valoir que la boxe était un prétexte pour montrer aux jeunes à se battre. Après plusieurs démarches, le policier a réussi à décrocher une subvention.
Le programme, qui initialement devait durer six mois en est maintenant rendu à sa sixième année. Celui-ci offre gratuitement aux jeunes de tout âge (la tranche d’âge s’étend de 11 ans à 28 ans!) et de tous les milieux, une formation en boxe olympique, dispensée par deux entraîneurs. Le seul critère d’admissibilité : fréquenter un établissement scolaire. De cette manière, on évite d’apposer une étiquette sur les adolescents, tout en faisant la promotion de la persévérance scolaire, estime M. Guercy.
Véritable institution du quartier Saint-Michel, le club de boxe l’Espoir accueille entre 15 et 30 jeunes, chaque soir. Une complicité s’est installée entre les adolescents qui fréquentent le centre, l’équipe d’entraîneurs et le policier.
« Au fil des années, les jeunes ont appris à faire une distinction entre mes fonctions. Ils ne me perçoivent plus comme un policier. La relation est bonne et saine. Elle est amicale et fraternelle. On est chummie-chummie. La majorité des jeunes ont mon numéro de téléphone cellulaire. Ils peuvent m’appeler s’ils ont besoin de soutien ou de référence », fait-il valoir.
Ça ne change pas le monde, sauf que …
Afin de souligner sa contribution sociale, M. Guercy a été honoré par la Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs à l’occasion du 21e Mois de l’histoire des Noirs. Le policier est très touché par cette distinction, qu’il souhaite partager avec tous les jeunes et le personnel du club de boxe l’Espoir.
Pour en savoir plus sur l’organisme, on visite le www.clublespoirjeunesse.org.
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