La loi spéciale: une mauvaise idée

Si le gouvernement adopte comme prévu sa loi spéciale, il déclenchera une séquence d’événements dont il ne peut prévoir l’issue. Les événements de la nuit dernière en ont donné un premier aperçu. Ce n’est pas fini.

Le gouvernement a raison de dire qu’avec les aménagements aux bourses et le remboursement proportionnel au revenu, l’accessibilité aux études est améliorée, même avec l’augmentation des droits de scolarité.

Il a aussi raison de souligner que le gel n’est pas la solution, qu’une majorité d’étudiants ont terminé leur session, et que la plus grande partie de la population appuie la hausse des droits, si elle est compensée par d’autres mesures.

Ça ne veut pas dire que l’adoption d’une loi spéciale est une bonne idée dans le contexte actuel.

Il arrive un moment où un gouvernement n’a plus le choix et doit, en dernier recours, se porter en défenseur de la loi et de l’ordre, même contre certains de ses propres citoyens. Mais ce moment n’était pas arrivé. La ministre Courchesne avait d’ailleurs donné des signes d’ouverture. Maintenant, elle brandit un deux par quatre. Madame Courchesne aurait pu donner une seconde chance à l’entente du 7 mai. Léo Bureau-Blouin, notamment, était prêt à en discuter.

L’appel au calme qu’aurait dû lancer le premier ministre n’a lui non plus jamais eu lieu. Il a plutôt préféré marcher sur le corps encore chaud d’une entente avortée, laisser sa ministre d’éducation se sacrifier, et sortir l’artillerie légale.

Une sorte de « discours à la nation » (j’avais un texte tout prêt ici, si quelqu’un change d’idée…) aurait montré de la préoccupation. Il aurait tempéré. Doublé d’un effort pédagogique, il aurait même pu rallier quelques modérés. Les radicaux auraient été éventuellement marginalisés, et les casseurs isolés. La loi qui pend au-dessus des têtes des associations étudiantes aura plutôt comme effet de radicaliser les modérés et d’exciter les fauteurs de troubles.

Ce n’est pas tout d’avoir raison. Il faut aussi être capable de se faire entendre. Le gouvernement libéral ne semble pas réaliser que, dans la situation actuelle, bien des manifestants se voient en combattants pour la justice sociale et perçoivent un gouvernement qu’ils détestent comme un agresseur qui en remet. Ils ne reculeront pas facilement. Il ne s’agit pas ici de céder devant la pression, mais simplement de prendre acte de la réalité: des étudiants dans le début de la vingtaine, ça ne manifestent pas comme des éducatrices de CPE. Il y a eu suffisamment de blessés comme ça.

Questions en vrac, en passant :

  • Des centaines de personnes – étudiants, professeurs, parents – ont défié pendant plusieurs jours les injonctions ordonnées par les tribunaux pour forcer un retour en classe. Pourquoi respecteraient-elles davantage la loi spéciale lorsqu’elle s’appliquera, vraisemblablement lors d’un retour en classe à la mi-août? L’éventualité d’être sujets à des peines plus lourdes sera-t-elle suffisante?
  • La police devra-t-elle procéder à des arrestations par centaines? Si elle n’y arrive pas, va-t-on demander l’aide de l’armée?
  • Qu’est-ce qu’ils vont faire,  les « suspendus », cet été? Est-ce que le gouvernement s’attend à ce qu’ils le passent au chalet? L’été pourrait être chaud au centre-ville de Montréal. Le Grand Prix de Formule 1 a lieu dans trois semaines. Sans parler des festivals qui vont suivre. Ça promet…

Le gouvernement a sauté une étape. Compte tenu du climat actuel, il aurait dû suspendre la hausse des droits pour calmer le jeu, et ensuite la soumettre au verdict électoral. De toutes façons, c’est ce qui en déterminera le caractère durable, puisque le Parti québécois annulerait la hausse s’il en avait l’occasion. La population ayant tranché, le caractère légitime de la hausse, si elle est maintenue, serait plus difficile à contester. Le gouvernement aurait alors raison d’en appeler au respect des règles démocratiques et de la loi.

Il n’est peut-être pas trop tard pour changer d’idée et faire amende honorable. Mais ça commence à presser.

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