Les amis Facebook n’ont pas aimé

En Bourse, ce devait être le feu d’artifice du printemps. On a plutôt eu droit à un pétard mouillé.

Mauvaise lecture des marchés financiers? Appât du gain démesuré? Toujours est-il que Facebook vient de rater son entrée au Nasdaq, ce marché boursier électronique fréquenté par les entreprises technologiques d’ici et d’ailleurs.

Fixé à 38 $, le prix de l’action a difficilement tenu le coup le vendredi 18 mai, jour de la naissance de Facebook comme entreprise cotée en Bourse, et il a sévèrement retraité en début de semaine. Des milliers d’actionnaires, grands et petits, qui pensaient toucher le gros lot, en sont réduits à espérer que la popularité du réseau social le plus couru de la planète se traduise par des profits qui leur permettent de récupérer au moins leur mise de départ.

Facebook est à la fois popu­laire et rentable. On lui attribue plus de 900 millions d’utilisateurs actifs, et ses revenus se sont élevés à 3,7 G$ en 2011, provenant en très grande partie de la publicité. Les bénéfices ont suivi : pratiquement 1 G$. Pas étonnant que bien des gens salivaient à l’idée d’en devenir copropriétaires en se procurant ses actions.

Oui, mais… encore faut-il que le prix d’émission ne s’égare pas dans la stratosphère. Les banquiers américains qui ont coordonné la mise au monde publique de Facebook ont manifestement – encore? – perdu le sens des réalités.

Voici comment tout a commencé.

Tant que la compagnie était privée, le nombre d’actionnai­res était relativement réduit. Le club comprenait évidemment les artisans du début, dont le fondateur Mark Zuckerberg, des cadres, puis des investisseurs de la première heure, alors que Facebook sortait à peine de l’enfance, puis des chanceux, comme David Choe, cet artiste de rue sans le sou qui a préféré recevoir des actions au lieu d’un cachet fixe pour avoir peint les graffitis demandés sur le premier siège social de Facebook à Palo Alto, en Californie.

Par la suite, on a aussi distribué des actions aux employés clés. Mais comment déterminer la valeur réelle de ces titres? Encore faut-il pouvoir les vendre. Si tout le monde veut des oranges, leur prix monte. Si personne ne veut de vos vieilles cartes de joueurs de hockey, elles ne valent rien. Voilà l’intérêt d’un marché boursier : il permet de déterminer la valeur d’une action puisque cette dernière est ouvertement transigée.

Lorsqu’une entreprise devient publique, on en profite pour offrir en même temps des actions «neuves», qui s’ajoutent à celles que détenaient privé-ment les premiers actionnaires. La distribution de ces nouvelles actions est assurée par des institutions financières. Dans ce cas-ci, elles n’ont pas eu à en faire longtemps la promotion : les intéressés se sont rués pour en réserver, n’ayant qu’une idée approximative du prix qu’ils allaient finalement devoir payer.

C’est probablement ici que la machine a déraillé. En se pensant fortes de leur coup, ces institutions, menées par la firme américaine Morgan Stanley, ont visé trop haut : 38 $ l’action, c’était manifestement trop cher compte tenu de la situation actuelle de Facebook.

Le constructeur General Motors n’a pas aidé, en annonçant le mercredi précédent qu’il allait retirer ses publicités de Facebook qu’il jugeait inefficaces… On aurait pu lui dire que des pubs généralistes, sur des réseaux sociaux basés sur des interactions entre individus, avaient peu de chances de réussir, mais d’une façon ou d’une autre, ce retrait n’a pas aidé.

Est-ce que Facebook va s’en remettre? Sûrement. Est-ce toujours une poule aux œufs d’or pour les investisseurs? Moins sûr. Patience et longueur de temps… Que voulez-vous, l’argent ne pousse pas dans les arbres, pas plus que sur les médias sociaux.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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