Retournez chez vous!
J’aimerais attirer votre attention sur le comportement de certains intellectuels d’ici, qui ne laissent pas passer une journée sans accoucher d’une idée ou d’un projet consistant à inviter les immigrants à s’intégrer autrement. Et à la vitesse à laquelle ils pondent ces textes, j’ai l’impression que ces intellos cherchent plutôt la «désintégration» de ces minorités visibles.
Ce qui est surtout agaÂçant, c’est que le produit n’est pas du tout local; c’est du pur congelé de ces cousins français, qu’ils importent et qu’ils lancent sur la place publique.
Je me pose la question de savoir si c’est la soif de domination ou celle de prestige, ou encore les deux à la fois, qui pousse ces gens à zoomer dans cette direction et à choisir ce type de créneau dont le prix à payer va malheureusement en s’aggravant au fil du temps, pour aussi bien le vivre ensemble que pour la paix sociale, dans ce havre de paix, le Québec, où il y a de la place pour tout le monde.
Il n’est pas exclu que, pour certains scribouilÂlards, ce soit leur incapacité à poser ou à traiter les vrais problèmes qui se posent au sein de la société québéÂcoise, et pour d’auÂtres, pourquoi pas, leur intenÂtion délibérée de détourner cette société de ses vraies préoccupations, qui font que ces gens à cravates choisissent des menus simplifiés, destinés au petit peuple qui désire mâcher et avaler sans trop de difficulté.
La lettre de Mathieu Bock-Côté, parue récemÂment dans Le Journal de Montréal et portant le titre «La provocation par le niqab», en est un exemple frappant. Notre ami, profitant de ce cas de fiÂgure totalement isolé, s’est adressé aux immiÂgrants, «cette minorité visible», avec un sérieux et sévère «bienvenu chez nous» et a mis l’accent sur les deux derniers mots, selon ses propres termes : chez nous. Quant à moi, qui lis avec attention, j’ai malheureusement compris : retourÂnez chez vous.
– Ahcène Moussi, président de l’association Migrants Canada